Le cri de désespoir des « classes moyennes »

Alors que la France est en récession et que le pouvoir d’achat baisse, l’Ifop et la Fondation Jean Jaurès publient une étude sur le « grand malaise des classes moyennes » qui se vivent comme les grands perdants de la mondialisation.

 (c) Sipa

François Hollande a tenu, jeudi 16 mai, sa deuxième grand-messe devant la presse, au lendemain d’une journée noire où la France est officiellement entrée en récession. Difficile d’imaginer que cet exercice suffira à remonter le moral des Français dont le pouvoir d’achat a subi une baisse record.

>> Lire « Pourquoi le pouvoir d’achat n’a pas baissé de 0,9% mais de 3,1% »

Et leur redonner espoir va s’avérer encore plus compliqué alors que l’inquiétude touche tout le monde, et s’accentue fortement au sein des classes moyennes, si l’on en croit l’enquête de la Fondation Jean Jaurès intitulée « Le grand malaise » (-> Lire l’essai dans son intégralité en cliquant ici). Dans cette vaste étude, le think tank de gauche a voulu prendre le pouls de cette catégorie sur son sentiment de « déclassement », deux ans après une précédente enquête et alors que la crise s’est durablement installée. Et le résultat est sans appel. Le « descenseur social » a gagné en puissance. [Le descenseur social est une notion inventée par Alain Mergier et Philippe Guibert en 2006. D’après eux, pour les milieux populaires, non seulement l’ascenseur social n’était pas en panne mais il s’était mis à fonctionner à l’envers, entraînant vers le bas des pans entiers des catégories modestes, ndlr] Les principales victimes ne sont donc plus seulement les classes populaires, mais aussi les classes moyennes.

Qui sont les Français qui se rangent dans la catégorie « classe moyenne »

Ainsi, selon une enquête de l’Ifop réalisée pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, la proportion d’ouvriers se définissant comme appartenant à la classe moyenne recule de 5 points, par rapport à 2010. Celle des professions intermédiaires, tout comme celle des commerçants, artisans et chefs d’entreprise chute de 7 points. Dans le même temps, ceux qui se perçoivent comme des défavorisés ou des membres des catégories modestes en gagne 7.

Mais il y a pire encore dans le constat de l’Ifop. Car en séparant schématiquement la société selon une ligne passant au sein des classes moyennes, l’institut relève une tendance nouvelle qui interpelle: en moins de deux ans, les défavorisés, les catégories modestes et les classes moyennes inférieures a augmenté de 10 points au moins (passant de 57 % à 67 %). Tandis que l’autre bloc constitué par les classes moyennes véritables, les classes moyennes supérieures et les favorisés ou les aisés a plongé de 43 % à 33 %.

« Trop riches pour être aidés, mais pas assez pour nous en sortir »

« Cette classe moyenne a le sentiment d’être prise entre deux feux, relate Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Dans nos enquêtes, une phrase revient systématiquement de la part de cette population: ‘Nous sommes trop riches pour être aidés, mais pas assez pour nous en sortir’. Ce qui implique que ces personnes n’ont plus un ressentiment seulement vis-à-vis de ceux qui sont en haut de la pyramide, mais aussi et surtout vis-à-vis de ceux qui sont en dessous d’eux ». Ils ont ainsi l’impression de « se situer juste au-dessus du filet protecteur du modèle social à la française et d’y contribuer fortement sans en percevoir de bénéfices suffisants génère un très puissant rejet de l’assistanat », comme l’indique l’étude.

Le poids de la fiscalité

Et ce d’autant que les classes moyennes véritables se distinguent comme étant le groupe qui, avec les favorisés et aisés, estime le plus que le montant de l’impôt acquitté est élevé. Et que cette catégorie de la population n’arrive plus à épargner à la fin du mois (47% contre 57% en 2010)

« Ce sentiment d’être tiré vers le bas est ressenti par à peu près tous les Français, souligne Alain Mergier, sociologue et un des auteurs du rapport ‘Le grand malaise’. On assiste à une fragmentation de la société ». La faute à qui? « Aujourd’hui, la mondialisation est centrale. Jusqu’alors, on s’en prenait à l’Etat quand quelque chose n’allait pas. Mais depuis la crise, on s’est rendu compte que ce n’était pas l’Etat qui avait le pouvoir, mais les marchés financiers! », rapporte le sociologue. Problème, cet état d’esprit ouvre un boulevard aux partis autoritaires et conservateurs. Dans les travaux qu’il effectue, Alain Mergier constate en effet que de nombreux électeurs qui votent traditionnellement PS ou UMP se disent que la mondialisation est un danger et qu’il vaut mieux « s’enfermer chez nous », que ce serait, la moins pire des solutions.

« C’est sur cet axe que Marine le Pen, leader du Front national peut séduire, note Alain Mergier, surtout avec une Europe qui n’apparaît pas comme protectrice aux yeux de beaucoup. Elle peut séduire avec ce discours même des personnes qui ne partagent en rien son discours xénophobe et raciste ».

 

Source : Challenges

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