Conquête spatiale : la Chine veut faire jeu égal avec les États-Unis

Trois « taïkonautes », dont une femme, ont été envoyés vers la station spatiale chinoise. Une démonstration de savoir-faire à destination des Américains.

Tir réussi le 11 juin pour ce vol habité qui doit durer 15 jours, le plus long de l'histoire spatiale chinoise.
Tir réussi le 11 juin pour ce vol habité qui doit durer 15 jours, le plus long de l’histoire spatiale chinoise. © China out/AFP

Et de deux ! Un an après avoir envoyé sa première femme dans l’espace, la Chine a donné aujourd’hui un nouveau coup de projecteur à son ambitieux programme spatial en faisant de Wang Yaping, une jeune taïkonaute de 33 ans, la deuxième Chinoise à voler en orbite autour de la Terre. Née en 1980, cette pilote de l’Armée de libération populaire (ALP) a pris place cet après-midi à bord du vaisseau Shenzhou-10 qui a décollé à 17 h 38 précises (11 h 38 heure de Paris) depuis la base de Jiuquan, située dans la province de Mongolie intérieure, au coeur du désert de Gobi.

Retransmis en direct à la télévision chinoise, le lancement s’est déroulé sans incident et sous les yeux du nouveau président chinois Xi Jinping, à peine rentré de son séjour californien et de sa rencontre avec Barack Obama. Après dix secondes de compte à rebours, la fusée Longue Marche 2F, sur laquelle était arrimé le vaisseau, s’est élevée droit dans le ciel bleu, laissant seulement derrière elle un grand nuage de feu et de poussière.

Station en orbite

Les détails de cette expédition, initialement prévue à la mi-juin, ont été rendus publics hier par Xinhua, l’agence de presse officielle. Depuis, la propagande ne tarit pas d’éloges sur la jeune taïkonaute, à la une des médias chinois ce matin. Issue d’un milieu modeste, entrée à seulement 17 ans dans l’armée chinoise, elle serait fan de basket, de photographie… et même capable de conduire quatre types d’avions différents.

Deux hommes effectueront avec elle ce vol spatial habité, le cinquième depuis 2003, et le plus long – 15 jours – jamais entrepris à ce jour par le dernier empire communiste, qui s’est depuis lors hissé au rang de seconde économie mondiale. « C’est un tir extrêmement important qui marque l’accomplissement de la première phase du programme spatial habité chinois », analyse Isabelle Sourbès Verger, géographe et chargée de recherche au CNRS. Car comme l’URSS dans les années 1970, mais contrairement aux États-Unis, la Chine a développé jusqu’à présent une « maison à deux pièces » comprenant une station en orbite, pour l’instant inhabitée, et un vaisseau spatial réutilisé après chaque aller-retour. « La deuxième phase, après 2015, consistera à faire vivre des hommes en permanence dans l’espace, ravitaillés par des vaisseaux qui assureront le renouvellement des équipages et du matériel », poursuit cette spécialiste de la politique spatiale chinoise.

Rendez-vous

Cette équipe a pour mission d’amarrer le vaisseau Shenzhou-10 au laboratoire spatial Tiangong-1, un module temporaire lancé en 2011 par la Chine et actuellement en orbite autour de la planète bleue. Cette technique, dite du « rendez-vous spatial », est essentielle, mais particulièrement difficile à réaliser. Les États-Unis et la Russie la maîtrisent depuis la course aux étoiles menée sous la Guerre froide, mais la Chine, qui a attendu 1998 pour entraîner ses premiers taïkonautes, doit encore apprendre à la réaliser parfaitement.

Le régime communiste avait réalisé avec succès son premier rendez-vous spatial en juin 2012, lors du quatrième vol habité, qui avait fait de Liu Yang la première femme chinoise à explorer la Voie lactée. Mais cette fois-ci, les choses pourraient être plus complexes, car deux manipulations doivent être effectuées : une manuellement, et une automatiquement, et sur plusieurs points d’ancrage. À bord de leur vaisseau, les taïkonautes doivent également effectuer des recherches scientifiques et des travaux de réparation sur le module Tiangong-1. Sans doute dans l’espoir de susciter des vocations, un cours de physique par vidéoconférence à destination d’élèves de primaire est aussi prévu.

Objectif Mars ?

Pour Pékin, ce voyage est donc surtout un exercice de routine destiné à tester sa maîtrise technique. Et cela d’autant plus qu’il pourrait s’agir du dernier avant la mise en orbite, prévue d’ici 2015, du nouveau module Tiangong-2. Exclue de la station spatiale internationale (ISS) par les États-Unis, la Chine a depuis le milieu des années 1990 développé sa propre recherche spatiale en multipliant les vols habités. Mais à ce stade, l’effort de Pékin – environ 4 milliards de dollars par an, le chiffre exact n’ayant jamais été divulgué – paraît toutefois minime par rapport à celui de Washington, qui consacre un montant neuf fois plus important. « Le programme spatial habité chinois a commencé officiellement en 1993, il a fallu dix ans à la Chine pour envoyer son premier homme dans l’espace en 2003, et dix nouvelles années pour y faire vivre trois cosmonautes pendant quinze jours » tempère Isabelle Sourbès Verger.

Il n’empêche, ce vol habité est aussi une façon pour la Chine de montrer au reste du monde qu’elle a désormais acquis des compétences qui la qualifieraient pour une exploration internationale à destination de la planète Mars. Près de 45 ans après le « grand pas pour l’humanité » de l’Américain Neil Armstrong, la Chine aurait en effet peu à gagner, tant politiquement que médiatiquement, à envoyer un de ses compatriotes sur la Lune. En revanche, sa participation à une expédition vers la planète rouge serait décisive pour démontrer aux États-Unis et à la Russie que l’espace est également son terrain de jeu.

Source : Le Point

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