Touche pas à mon église ! Pourquoi il faut sauver un des symboles des villages

Depuis le début de l’année, cinq églises ont été détruites en France sur décision municipale. C’est pourtant l’un des éléments essentiels de l’identité du village français.

Une messe.

Atlantico : Dans la conscience collective, que représente l’église du village ? Alors que la pratique religieuse est en berne, quelle est aujourd’hui sa fonction ?

Philippe Levillain : C’est le témoin d’un passé, où le curé, le maire et l’instituteur représentaient  les forces vives des notables du village. On a beaucoup construit d’églises au 19e siècle, avec quasiment une par commune, donc plus de 30 000. Elles se sont lentement vidées par désaffection des fidèles, notamment à partir des années 1970, postconciliaires. Les réparations incombant aux communes étant très onéreuses, on a tendance à les vendre. Il y a quatre ou cinq ans dans la mairie de Saint-Chamond (Loire) a eu lieu un combat assez picaresque sur le point de savoir si la mairie vendrait ou non l’église. La décision a été soumise au référendum, dont le résultat a obligé la ville à conserver l’église. Il a été constaté qu’une large majorité des habitants, y compris ceux qui n’étaient pas croyants, demandaient la restauration de l’église. Le maire a donc été obligée de débloquer des fonds, car beaucoup de ses administrés avaient le souvenir d’une mère ou d’une grand-mère qui y avait été baptisée, si ce n’est mariée. Il s’agit donc d’une mémoire qui accompagne le destin des gens. N’oublions pas qu’en 1981, Mitterrand, dans son affiche « La force tranquille »,  a mis un clocher en fond, en symbole d’unité. C’était le symbole de la force paisible du pays.

Structurellement, on a du mal à dissocier le village de son clocher. Un village français sans son clocher est-il toujours un village français ?

Un village français a besoin d’une église. Même des maires anticléricaux les restaurent, car elles sont liées aux fêtes traditionnelles, même si plus personne n’y est baptisé, marié ou enterré. Envers et contre tout, l’église reste l’un des points cardinaux de la ville et de sa mémoire. Y sont encore sensibles les 50-80 ans. Ce sera peut-être moins le cas pour les jeunes, qui quittent les campagnes. Cette désertification s’accompagne d’une chute de la pratique religieuse, qui vide également les églises.

De quelles évolutions ces destructions sont-elles le symptôme ?

Elles sont le symptôme du changement radical du tissu social. Le cimetière est généralement accolé à l’église, cependant on en construit de nouveaux un peu plus loin, car des morts, il y en a toujours. Et il n’y a pas de doute que le rapport à la mort passe par l’église, témoin de l’existence du villageois. L’exode rural y est aussi pour beaucoup, car maintenant les églises sont vides.

Sans aucun doute, il faut s’alarmer de la destruction et de la modification du paysage français. Les églises sont closes, souvent dévastées à l’intérieur et pillées. Détruites, elles représentent une source de matériaux pour de nouvelles constructions. Ce fut le cas, suite à la Révolution : des couvents détruits ont parfois servi à la construction ou à la reconstruction de châteaux.  Les églises sont fragiles : le froid, mais aussi le chauffage, les abîment.

Aujourd’hui, on compte environ 18 000 églises à vendre en France. Elles peuvent transformées en salles polyvalentes, en restaurants ou en salles de cinéma. Certaines églises sont rachetées pour être transformées en résidence secondaire.

Cette mise en vente est-elle un moindre mal ?

Oui, dans la mesure où la destruction est ce que l’on fait in extremis, quand on ne voit pas ce que l’on peut faire de l’église en question. Certaines sont impossibles à transformer. Tout cela est le fruit d’une évolution inéluctable de la société française.

Faut-il préserver de la destruction l’intégralité des églises françaises ? Pourquoi ?

Idéalement, il faudrait conserver ce patrimoine coûte que coûte. Dans certains cas, l’état de délabrement est trop avancé. Mais depuis quinze ans la situation ne se détériore pas : beaucoup sont à vendre, et celles qui sont vendues sont transformées de façon estimable en lieux de vie de société.  

Source : Atlantico

Propos recueillis par Gilles Boutin

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