L’Etat islamique propose une vie plus excitante que de travailler au McDonald’s

Jason Burke est l’un des meilleurs spécialistes anglo-saxons du terrorisme islamiste. Il explique l’attrait de l’idéologie du djihad auprès des jeunes Européens issus de l’immigration

Déjà quatorze ans que l’Occident est engagé dans une «guerre contre le terrorisme» qui semble ne jamais finir. Loin d’être anéanti, le mouvement djihadiste séduit une frange de jeunes Européens, dont certains finissent par retourner leurs armes contre leurs concitoyens. D’où vient ce phénomène? Comment le stopper? Les réponses de Jason Burke, spécialiste du djihadisme au Guardian et auteur d’un livre sur la «Nouvelle Menace»* de l’islam radical.

Le Temps: On croyait le djihadisme écrasé avec la mort de Ben Laden. Or la menace semble plus virulente que jamais. Qu’a-t-on fait de faux?

Jason Burke: On n’a rien fait de faux. En 2009-2010, la situation était relativement positive. Al-Qaida avait été décimée, Oussama ben Laden a été tué en 2011. Le soutien à Al-Qaida et ses filiales, leur terrain d’implantation étaient très limités – Yemen, Somalie, un bout de l’Afghanistan et du Pakistan, mais rien de stratégique. Ce qui a mal tourné, ce n’est pas ce que l’Occident a fait, mais les suites du printemps arabe. Cela a tout changé. L’Etat islamique a pu s’étendre grâce à un gouvernement chiite sectaire, obtus et incompétent en Irak, et grâce à la guerre civile en Syrie avec l’anarchie qu’elle a créée. Ces deux événements ont créé un vide qu’il a pu remplir, une opportunité qu’al-Bagdadi et les dirigeants de l’EI ont exploité habilement. On est entré dans un nouveau cycle de l’islamisme.

– L’idéologie du djihad, aussi simpliste et cruelle soit-elle, se répand en Occident. Comment l’expliquer?

– Il y a plusieurs raisons. L’une d’elles est que cette idéologie s’est construite depuis plus de 40 ans. On ne doit pas s’attendre à ce qu’elle disparaisse d’un coup. Al-Qaida l’a propagée, mais ne l’a pas inventée. Le grand basculement s’est produit à la fin des années 1970, début 1980. C’est le moment où les idéologies nationalistes, laïques et socialistes arabes ont été totalement discréditées, par l’incapacité des régimes qui les professaient à mener le processus de développement en Egypte, en Iran, au Pakistan. L’islamisme était une alternative évidente, présente depuis les années 1920, ayant l’apparence d’une idéologie locale, authentique. La révolution iranienne se produit en 1979 et la rhétorique anti-américaine qui sera celle d’Oussama ben Laden vient de là. Le président égyptien Sadate est assassiné par des islamistes en 1981. Donc le problème n’est pas nouveau, l’idéologie n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est qu’elle s’est propagée en Occident.

Pourquoi? Il y a déjà les communautés musulmanes, qui n’existaient pas ou très peu dans les années 1970. On a aujourd’hui un problème classique d’immigrants de seconde génération. De jeunes hommes, issus de milieux économiquement faibles, sont pris entre plusieurs exemples discordants: leurs parents, le pays où ils ont grandi et dont ils se sentent souvent exclus – c’est du moins la perception qu’ils en ont –, et ce sentiment de puissance, de camaraderie, d’aventure, que leur offre le mouvement djihadiste. Il paraît proposer une vie plus intéressante que de travailler au Mc Donald’s, de voler des voitures ou de passer son temps à jouer aux jeux vidéo. Au départ, les gens ne sont pas intéressés par le fait de trancher une tête ou de tuer des gens. Ils sont séduits par la version mythologique de l’histoire propagée par l’Etat islamique. Devenir un tueur, cela intervient beaucoup plus tard.

– Vous évoquez dans votre livre le «djihadi cool», cette «mode djihadiste» qui a fait une percée en Europe. De quoi s’agit-il?

– Regardez la démographie des djihadistes: ce sont pour la plupart de jeunes hommes entre 18 et 25 ans, venus de milieux pauvres et relativement peu éduqués, comme ceux qui composent les petits groupes criminels de rue. Leur apparence, leur langage sont similaires. La sous-culture du «rap djihadiste», du «gangster djihad», est assez significative de ce point de vue. Ce que les djihadistes offrent à ces jeunes, c’est ce que la culture du «gangsta rap» offre aussi. Les images postées sur les médias sociaux depuis Raqqa ou Mossoul ressemblent au rap: des jeunes avec des armes qui se présentent comme dangereux.

Ce qui distingue l’Etat islamique d’Al-Qaida, c’est qu’il offre aussi des opportunités sexuelles, des mariages, voire des esclaves. Al-Qaida imposait un célibat forcé, avec pour ses membres une très forte probabilité de mourir. L’Etat islamique est différent. Sa base syrienne est bien plus confortable, bien plus accessible, les communications y sont bien meilleures que dans la zone pakistano-afghane. Il y a des voitures de luxe où ses combattants adoptent la pose classique des gangsters. On peut aussi imaginer qu’on y protège les faibles, ou qu’on obéit à une injonction religieuse. Au lieu d’avoir une vie relativement peu intéressante quelque part en Europe, vous devenez «Abou Omar al Britani» ou que sais-je. Vous avez un statut qui ne se serait jamais offert à vous auparavant.

Ce qui est très clair aussi, c’est que le djihadisme version Etat islamique est très peu exigeant en termes religieux. Vous ne devez renoncer à presque rien, à part peut-être l’alcool. Il ne demande rien de difficile en termes d’apprentissage religieux, de voyage spirituel que la foi véritable exige. Il y a très peu de foi, de spiritualité là-dedans. Très peu de politique, aussi. C’est une idéologie simple, facile à consommer.

– Cette séduction du djihadisme ne prospère-t-elle pas sur un certain vide culturel en Occident, notamment dans les populations les moins aisées?

– L’émergence du djihadisme coïncide avec le retour de toutes sortes de fondamentalismes religieux, et avec la pleine maturité du consumérisme et de l’individualisme dans nos sociétés capitalistes. La fin de la gauche comme mouvement révolutionnaire a supprimé une alternative, ouvert un espace. Il y a 30 ans les jeunes gens de milieu ouvrier pouvaient être attirés par l’extrême-gauche ou ses équivalents. Mon grand-oncle a été communiste dans les années 1930 parce qu’il avait une vision utopiste, parce que ses amis l’étaient, et parce qu’il pouvait jouer au ping-pong au club communiste. Mais aujourd’hui il n’y a presque plus de communistes, notamment en France.

Lire aussi: L’Etat islamique, une histoire violence

Il est par ailleurs assez frappant de voir la droite et la gauche françaises unies pour dire qu’il ne faut faire aucune concession en matière de laïcité. Ce n’est pas comme en Grande-Bretagne, où la gauche est davantage prête à faire des compromis, comme sur le voile ou la nourriture halal. C’est d’ailleurs exactement pour cette raison, je pense, que le Royaume-Uni semble moins touché par le djihadisme aujourd’hui. Le subtil pragmatisme britannique a été plus efficace pour intégrer les minorités que le système français plus rigide.

– La grande menace, à vos yeux, est moins les groupes djihadistes eux-mêmes que le mouvement dont ils sont issus, ce que vous appelez simplement «le Mouvement». Comment le définissez-vous?

– Le Mouvement, c’est le point crucial. Des activistes non violents peuvent promouvoir des idées, des valeurs, des visions, qui vont en pousser d’autres vers l’action violente. On peut citer l’homophobie, l’antisémitisme, le rejet de l’émancipation des femmes, l’anti-américanisme, l’idée que les musulmans sont déviants et pas assez religieux, ce qui expliquerait les malheurs de l’Oumma, la communauté des croyants. Il y a aussi la nostalgie des grands empires islamiques du 8ème au 17ème siècle, et l’idée que l’Occident veut diviser et asservir le monde musulman. Ce mouvement et ses activistes sont une menace significative. La plus grande menace, peut-être, car l’Etat islamique, lui, a déjà commencé à reculer. Mais même s’il disparaît un jour, cela nous laissera avec un mouvement islamiste radical dynamique et vivant.

– Comment le combattre, alors?

– La réponse varie selon les endroits. Ici, en Occident, la seule solution consiste à atténuer la radicalisation. A diminuer l’attrait de cette idéologie, de ce style de vie. Ce qui implique d’utiliser des mesures «douces» (meilleure intégration des communautés immigrées) et d’autres plus dures – renforcer la sécurité, améliorer les capacités des services de renseignement… Surtout, il faut signaler qu’il y a une ligne à ne pas franchir en terme de discours: encourager la violence, c’est inacceptable, et ce sera sanctionné.

Lire aussi: La terrifiante mutation de l’Etat islamique

Mais n’oublions pas une chose: contrairement à ce que nous disent nos politiciens, nous ne faisons pas face à une menace existentielle. Les nazis menaçaient l’existence de la France, de la Suisse, de bien d’autres pays. Mais le commando de l’Etat islamique à Paris se réduisait à neuf personnes. La probabilité qu’un groupe djihadiste obtienne des armes de destruction massive est infinitésimale. L’Europe, les Etats-Unis ont souffert du terrorisme par le passé et en souffriront à l’avenir. Mais il ne menace pas nos sociétés, sauf si nos propres réactions nous précipitent dans une spirale d’animosité mutuelle, en augmentant l’islamophobie, le sentiment de marginalisation, de victimisation. C’est cela que visent les terroristes, en tentant de propager et d’inspirer une peur irrationnelle.

 

Source : Le Temps

par samrevolte Posté dans Autres

Terrorisme : les cartes bancaires prépayées dans le collimateur de Bercy

Aujourd’hui, il est possible d’utiliser ces cartes sans vérification d’identité jusqu’à un montant de 250 euros pour les cartes non rechargeables.

Bercy souhaite davantage encadrer l'utilisation des cartes bancaires prépayées.

Source : Le Point

 

 

 

Guerre civile : La France est une vaste poudrière

A entendre parler les français sur l’avenir de la France, beaucoup sont persuadés de l’émergence prochaine d’une guerre civile.
Nous le découvrons tous les jours et le sentons confusément :  la France est une vaste poudrière dont les gouvernants et les médias occultent, de peur que nous voyions une réalité effrayante et incontrôlable.Des étincelles apparaissent au dessus de cette poudrière les unes après les autres, manif pour tous, bonnets rouges, agriculteurs en colère, etc… sans que cette dernière n’explose, et tous le monde se demande comment cela est-il possible.

Ces mouvements de protestations économiques et culturels inquiètes les élites qui se retrouveraient être la cible en cas d’éclatement.

Alors, afin de détourner une colère prévisible, on laisse volontairement une autre situation s’envenimer, et même surement favoriser. Celle du choc des civilisations qui ne va qu’en s’accentuant. D’un Coté, des gens issus de l’immigration, principalement musulmans, se sentant rejeté par la population autochtone et/ou ne désirant pas s’intégrer, vivant pour la plupart dans la pauvreté, certains profitants même du système. Et en face, une majorité exaspéré se sentant incompris et oublié, d’origine chrétienne, une classe moyenne en colère qui s’appauvrit.
Les manifestations suite aux meurtres de Charlie Hebdo n’étaient pas que pour défendre la liberté d’expression et encore moins pour soutenir l’hebdomadaire satirique mais reflétait aussi d’un raz-le-bol d’une population redoutant se perte d’identité ne supportant plus des terroristes islamisés faire la loi.

Les dés sont jetés. Reste plus qu’a savoir quand cela explosera…

Grèce : après la limitation des retraits, l’émission de CB à explosé

La massification du paiement par carte permettra de mieux évaluer les flux monétaires dans le pays.

Après la fermeture des banques et la limitation des retraits à 60€ par jour et par personne, l’émission de cartes bancaires à explosé pour atteindre un million en juillet.

La Grèce est le pays de l’Union Européenne où le paiement par carte bancaire est le moins élevé : 7 transactions en 2013 par personne contre 136 en France. Contraints d’avoir une carte pour effectuer leurs achats, cette crise bancaire risque fortement de changer les habitudes de paiements des Grecs.

C’est une étape supplémentaire dans le processus de suppression de l’argent liquide, et nous rapproche de la dictature totale, celle des banques

LES POLITIQUES ET NOUS…

GLOBAL RELAY NETWORK

Sachant que toutes les décisions budgétaires sont prises par la Commission Européenne. Les états ne peuvent plus rien dire, mais il est vrai que le gouvernement actuel n’est pas obligé d’en rajouter une couche.

Que peut-on attendre d’une classe politique totalement déconnectée de la France d’en bas et de ses réalités quotidiennes ? Ces gens ne se soucient en aucune façon du peuple. Seule compte la préservation de leurs privilèges. Et ces derniers leur sont octroyés par la fonction qu’ils occupent ou ont occupée. Fonction obtenue par le biais d’élections, mais considérons les conditions de l’élection. La bourgeoisie au pouvoir a les moyens de s’offrir un personnel dévoué à ses intérêts : police, justice, presse, télé, radio, etc.…. Les campagnes électorales sont financées par elle, le rapport des forces est inégalitaire entre le candidat millionnaire et le militant ouvrier ou employé. La propagande des médias aux ordres a peu à peu inséré dans…

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par samrevolte Posté dans Autres

Notre civilisation est condamnée, selon une étude de la Nasa

Une étude du Centre de vols spatiaux Goddard de la NASA relayée par la RTBF explique que la civilisation tel que nous la connaissons aujourd’hui pourrait bien disparaître dans les prochaines décennies en raison d’un problème de gestion des ressources naturelles et d’une mauvaise répartition des richesses.

L’étude se fonde sur un nouvel outil analytique, baptisé « HANDY », pour Human and Nature Dynamical, mis au point par le mathématicien Safa Motesharrei du Centre national de synthèse socio-environnemental. L’étude a été publiée dans le Elsevier Journal Ecological Economics.

En étudiant l’histoire des civilisations, les chercheurs ont ainsi mis en évidence les raisons qui ont contribué à leur chute, que ce soit les Mayas ou encore l’empire romain. Une série de facteurs liés entre eux seraient donc à prendre en compte, parmi lesquels le climat, la population, l’eau, l’agriculture ou encore l’énergie.

Selon la RTBF, Safa Motesharri et ses collègues expliquent qu’il y a deux scénarios possibles pour l’homme du XXIe siècle. Le premier serait la réduction, par la famine, des populations pauvres. « Dans ce cas, la destruction de notre monde ne serait donc pas due à des raisons climatiques, mais à la disparition des travailleurs », note le site belge d’information.

« Le second scénario catastrophe repose sur la surconsommation des ressources qui entraînerait un déclin des populations pauvres, suivi par celui, décalé dans le temps, des populations riches », ajoute-t-il.

Fait notable, selon les chercheurs, plusieurs empires ont disparu notamment à cause de l’aveuglement des élites qui, jusqu’au bout, se croyaient protégées et ont refusé de réformer leur système de vivre-ensemble.

Si ces scénarios paraissent difficiles à éviter, les scientifiques mettent en avant la nécessité urgente de « réduire les inégalités économiques afin d’assurer une distribution plus juste des ressources, et de réduire considérablement la consommation de ressources en s’appuyant sur des ressources renouvelables moins intensives et sur une croissance moindre de la population. »

 

Sources : Le Monde et Slate

Frustrée, la jeunesse française rêve de révolte

Des jeunes en service civique, à Saumur, le 19 décembre 2013.
Des jeunes en service civique, à Saumur, le 19 décembre 2013. | EDOUARD CAUPEIL/PASCO POUR « LE MONDE »

L’autoportrait est sombre. Amenés à définir leur génération, ce sont les mots « sacrifiée » ou « perdue » qui leur viennent le plus souvent à l’esprit. A l’automne 2013, les jeunes de 18 à 34 ans étaient conviés par France Télévisions à répondre à un long questionnaire en ligne sur eux-mêmes et leur génération. 210 000 se sont pris au jeu de cette opération « Génération quoi ? ». Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel pour les deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences respectivement à l’EHESS et à l’université Paris-VIII, qui ont contribué à concevoir le questionnaire. Ils en tirent aujourd’hui pour Le Monde les principaux enseignements, en se focalisant sur la tranche d’âge des 18-25 ans, centrale pour l’analyse.

 

  • La vie en noir

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants sont près des deux tiers à se déclarer plutôt ou très optimistes. En revanche, le regard qu’ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre. Vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : « sacrifiée », « perdue ». Et encore (après « Y », « Internet », « connectée »), « désabusée », « désenchantée », « galère »… « Autant ‘‘sacrifiée” est un terme qui a pu être induit par le discours des médias, analysent Cécile Van de Velde et Camille Peugny, autant ‘‘perdue” semble un choix spontané. » Donc révélateur.

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu’elle sera pire, 29 % qu’elle sera semblable. Près d’un tiers (33 %) sont persuadés qu’ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu’elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins. « Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ils le sont d’ailleurs dans cette enquête concernant leur avenir personnel, remarque M. Peugny. Ce qui apparaît ici, c’est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d’être pris dans une spirale du déclassement. »

Deux pondérations à apporter, selon lui, néanmoins. Les participants peuvent avoir été tentés de « surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ». Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n’est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L’expérience du chômage affecte fortement la projection dans l’avenir.

  • Un besoin de reconnaissance

« Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d’une société méritocratique » : voilà le second enseignement majeur de l’enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d’entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. « C’est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. »

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancoeurs dans une société « où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ».

D’autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n’ont pas l’impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, « une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas ». « Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont. » Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. « Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. » Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s’en sortir sans solidarité.

  • La valeur travail

Les jeunes valorisent d’autant plus le travail qu’il leur échappe, un quart d’entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l’argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s’épanouir. « Qu’ils soient soucieux de l’équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd », commente Camille Peugny, pour qui rien n’est plus faux que les clichés sur une « génération feignasse » : « Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu’un manager assure qu’à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s’intéressent qu’à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c’est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l’âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. »

A la question « Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? », 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L’enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d’intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur « souffrance » saute aux yeux des sociologues. « Il faut sortir du discours sur l’intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont le sentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d’un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l’avenir. »

  • La tentation du départ

« T’installer à l’étranger, ça te tente ? » Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l’enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d’aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : « Dès que je peux, je me barre. » « Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l’impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… », à en croire les sociologues.

  • Famille, je t’aime

Toutes les questions portant sur les relations au sein de la famille suscitent des réponses unanimement positives. La famille apparaît plus que jamais comme la valeur refuge. S’ils doivent qualifier leurs relations avec les parents, 27 % des jeunes les décrivent comme « idéales », 53 % comme « cool », seuls 10 % les jugent « moyennes » ou « hypertendues ». Les parents, assurent-ils, sont fiers de leur parcours (89 %), les soutiennent dans leurs choix (91 %). Pour Camille Peugny, « les parents ont intériorisé le fait que la situation des jeunes est extrêmement difficile. Les quadras et quinquagénaires ont eux-mêmes connu la crise. Fini, les réflexions désagréables. Les deux générations sont solidaires dans la crise. Moralement et matériellement. »

Une bonne moitié des jeunes (53 %), même actifs, dit recevoir des aides parentales. Dans les familles, l’inquiétude est partagée. « Est-ce que tes parents sont angoissés par ton avenir ? » 63 % pensent que oui. Les réponses positives montent logiquement à 80 % pour les jeunes chômeurs ou inactifs. Mais atteignent tout de même 63 % chez les étudiants, et encore 47 % chez les jeunes en CDI. Même ce sésame recherché par tous ne parvient pas à apaiser l’anxiété familiale. « Cela rejoint les enquêtes sur les angoisses scolaires, la pression du diplôme, poursuit M. Peugny. Et cela montre que les parents sont parfois un brin schizophrènes : ce sont les mêmes qui, dans leurs fonctions en entreprise, ne sont guère pressés d’intégrer les jeunes dont ils ont une image peu flatteuse. »

  • La faute aux baby-boomers

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d’en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. « C’est assez nouveau en France, et l’on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d’équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d’austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu’ils font les frais de tout cela. » Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent « Marre des baby-boomers, on paye pour leur retraite, nous on n’en aura pas » ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c’est particulièrement frappant chez les jeunes filles. « Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… »

  • La politique, ils n’y croient plus

Vis-à-vis d’elle, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n’ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Certes, ils sont encore plus nombreux à se méfier des institutions religieuses (60 %) Et presque aussi sceptiques à l’égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c’est tout vu, les politiques sont « tous corrompus ». Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l’utilisent mal, puisqu’ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : « Les jeunes expriment une demande d’Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s’ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu’ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n’y croient plus. »

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l’ensemble de la population. « Ils font l’expérience de la désillusion politique. C’est la première fois qu’ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. » Voilà qui poussera massivement à l’abstention, anticipent les chercheurs. « Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l’usage des réseaux sociaux. Mais l’offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s’adresse pas à eux. Ils n’iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. »

S’ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s’engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l’immigration est une source d’enrichissement culturel) mais semble s’éroder. « A l’image de ce qui se passe dans l’ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d’impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. » Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

  • Un vent de révolte

Une Cocotte-Minute qui n’aurait pas de soupape. Telle est l’inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C’est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n’est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »

Besoin d’expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n’obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d’un travail et d’un logement. Trajectoires déviées parce que l’emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l’avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d’être privés de l’essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »

Jamais la jeunesse, en France, n’a été aussi éduquée. Lorsqu’ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l’intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D’où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l’épreuve sociale qu’ils traversent. « Un ‘‘nous » pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. »

Lire notre reportage à Saumur : Camille, 19 ans : « Les politiques ne changent pas notre vie »

A la question « Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? », ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d’affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

« Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 », perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d’adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). « ‘‘Loyalty » pourrait bien se transformer en ‘‘voice » si rien ne bouge… Il suffit d’une étincelle… » Et d’une figure cible. La chance des politiques jusqu’à présent ? Qu’il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l’Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

 

Source : Le Monde

L’article à lire sur l’Ukraine si vous voulez comprendre la crise

Pourquoi les manifestants veulent le départ du président ? Quelles sont les raisons des violences qui agitent le pays ? Quels enjeux cachent ce conflit ? Francetv info vous explique tout ce qu’il faut savoir sur la situation.

Un manifestant à Kiev brandit un drapeau ukrainien, le 20 février 2014.
Un manifestant à Kiev brandit un drapeau ukrainien, le 20 février 2014. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

L’Ukraine s’enfonce dans la violence : jeudi 20 février, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plus de 60 morts à Kiev, trois mois après le début de mouvements de protestation massifs.

Intérêts russes, accord avec l’Union européenne, pays divisé et images de manifestants ensanglantés : si tout cela s’emmêle dans votre esprit (on vous comprend), francetv info vous propose cet article pour y voir clair.

C’est quoi l’Ukraine ?

Comme vous pouvez le voir sur la carte, l’Ukraine est frontalière de la Pologne et la Roumanie à l’ouest, de la Russie à l’est. Le pays est un peu plus grand que la France métropolitaine (579 330 km2, contre 549 970 km2). Les 44,6 millions d’Ukrainiens parlent deux langues, l’ukrainien et le russe. Ils sont majoritairement orthodoxes.

L’Ukraine a été souvent dominée par ses voisins. A la rencontre de l’Europe et de la Russie, son nom signifie « frontière ». L’URSS a été le dernier pays à dominer l’Ukraine. Elle n’est devenue indépendante qu’avec sa chute, en 1991. Ce pays a été très important pour la Russie dont il a été « le grenier » puis le fleuron de son industrialisation.

En 2012, l’Ukraine se classait 78e à l’Indice de développement humain (IDH). Son indice est comparable à celui du Pérou ou de l’Iran. La France, elle, est 20e. Depuis la chute de l’URSS, la croissance ukrainienne fait le yoyo. En chute libre au début des années 90, elle rebondit au début des années 2000, avant de replonger brutalement en 2009, puis de reprendre. Aujourd’hui, la croissance est en berne (0,4% en 2013). Le pays a un gros problème de corruption. Transparency International le classe 144e sur 177 à l’indice de perception de la corruption, au niveau de pays comme la Centrafrique.

Quand est-ce que ça a commencé à mal tourner ?

Le 21 novembre 2013, Kiev suspend les négociations sur un accord d’association avec l’Union européenne. Les tractations duraient depuis cinq ans et la signature était prévue pour la semaine suivante. S’en suit une vague de manifestations à Kiev. Les protestataires réclament la signature de l’accord. Les manifestations sont violemment réprimées. Il y a de nombreux blessés. C’est un déclic.

Mais ce n’est pas tout. Dans les cortèges, des manifestants scandent « Ianoukovitch [le président] dégage ! » et brandissent des pancartes où est inscrit « Nous ne sommes pas l’URSS, nous sommes l’UE ». Dès le début apparaissent donc deux lignes de fractures : le rejet du président et le rejet de l’influence russe.

Attendez, je ne vois pas le rapport entre l’accord, le président ukrainien et la Russie. Vous m’expliquez ?

Commençons par le président Viktor Ianoukovitch. En 2004, il est élu président pour la première fois. Enfin, « élu » lors d’un scrutin truqué. D’ailleurs, ça ne passe pas. Deux jours après son élection, 500 000 personnes se rassemblent à Kiev en soutien à son opposant : Viktor Iouchtchenko, pro-européen. C’est la « révolution orange ».

Elle débouche sur une nouvelle élection présidentielle. Ianoukovitch, soutenu par Poutine, est cette fois battu par Iouchtchenko. Mais la « révolution orange » ne porte pas ses fruits et Ianoukovitch revient au pouvoir en 2010. Il se présente à l’époque comme plutôt pro-européen et son revirement a surpris les Ukrainiens qui l’ont vécu comme une trahison.

Il y a un autre aspect de sa personnalité qui déplaît. Viktor Ianoukovitch a des goûts de luxe qui s’accompagnent d’accusations de corruption contre son clan qu’il a placé aux postes clés. Le fils de Ianoukovitch est entré en seulement un an dans le club des cinq hommes les plus riches du pays. Car, comme l’explique Le Figaro, en Ukraine, business, politique et corruption sont indissociables. Le journaliste Roman Tsupryk explique au quotidien que l’Ukraine est une « kleptocratie qui freine la démocratisation et la modernisation du pays ».

L’accord avec l’UE est donc un prétexte pour les manifestants qui réclament un changement de régime et plus de démocratie.

Et la Russie ?

L’Ukraine a eu une histoire mouvementée. Elle est sujette à des tensions entre les populations de l’est et de l’ouest. A l’ouest, vers la Pologne, on trouve des populations ukraïnophones plutôt pro-européennes, nationalistes. A l’est, près de la Russie, des populations russophones plutôt pro-Ianoukovitch (il en est originaire) et pro-russes.

Les résultats du président Ianoukovitch à l'élection présidentielle de 2010.
Les résultats du président Ianoukovitch à l’élection présidentielle de 2010. (IVANGRICENKO / CREATIVE COMMONS)

C’est là que la Russie entre en jeu. Le président russe Vladimir Poutine veut une grande union eurasienne. Elle ne peut pas se faire sans l’Ukraine. De plus, le gaz russe exporté vers l’Europe transite par l’Ukraine. Enfin, l’Ukraine n’est pas qu’un enjeu économique et stratégique, pour la Russie, c’est aussi un enjeu symbolique. Qu’elle gagne le camp occidental fragiliserait le président Vladimir Poutine, qui n’a plus l’aura d’hier dans son propre pays.

Bref, pour la Russie, l’Ukraine doit rester un allié. C’est pourquoi Moscou a offert le 17 décembre un rabais de 30% sur le gaz et 15 milliards de dollars de crédit pour garder Kiev dans son giron. Une offre d’autant plus difficile à refuser que la Russie est le premier client de l’Ukraine.

Aujourd’hui, les manifestants ukrainiens reprochent aussi au président Ianoukovitch d’avoir bradé leur pays à Moscou.

Tous ces événements se passent en novembre et décembre. Pourquoi est-ce que la protestation n’est pas retombée depuis ?

En grande partie parce que le président Ianoukovitch ne cesse de louvoyer, faisant mine de lâcher du lest pour revenir avec plus de fermeté ensuite.

Début janvier, la situation a semblé se tasser. Mais, le 16 janvier, le mouvement de contestation est reparti de plus belle quand le régime a fait voter un chapelet de lois liberticides. Contraint de négocier, Ianoukovitch remanie son gouvernement, amende les lois, mais refuse des élections anticipées, maintient la répression et se fait porter pâle. Finalement, la contestation se durcit et compte des manifestants de plus en plus radicaux.

Et puis, mardi 18 février, une « offensive pacifique » dégénère. Les forces antiémeutes lancent une « opération antiterroriste » et marchent sur la place Maïdan où se trouvent les manifestants. Bilan : 25 morts. Alors que le bras de fer s’engage, le président semble encore une fois lâcher du lest en annonçant la signature imminente d’un accord politique. Coup de bluff ? Pour l’instant, les diplomates européens ne confirment pas.

Que font l’UE et les Etats-Unis ?

On ne peut pas dire que l’Union européenne a été très offensive sur ce dossier. Comme le remarque Le Figaro, l’Europe est « atone », intimidée par cette « grande puissance énergétique » (le Russie) et « guère pressée d’accueillir en son sein une Ukraine divisée ». La répression sanglante des derniers jours l’a un peu réveillée : elle envisage des sanctions et une troïka européenne (Allemagne, France, Pologne) est partie négocier à Kiev.

La mollesse de l’Union européenne a le don d’agacer les Etats-Unis. Dans un enregistrement publié le 6 février sur YouTube, la secrétaire d’Etat adjointe américaine pour l’Europe, Victoria Nuland, lâche un délicat : « Fuck the EU ! » (Que l’Union européenne aille se faire foutre !)

Mais on ne peut pas dire que les Américains ont été beaucoup plus actifs. Ils ont été refroidis par leur soutien à la Géorgie, en 2008, mâtée ensuite par les troupes russes. Et, comme le relève encore Le Figaro, Poutine est aujourd’hui le casse-tête de Washington, de l’affaire Snowden à la Syrie.

Comment cela va-t-il se terminer ?

Pour le moment, le pays est dans l’impasse. L’opposition ne tient pas la rue. Le régime a perdu en crédibilité. Moscou ne semble pas disposée à apaiser la situation. Les chancelleries occidentales semblent impuissantes. Le pire scénario serait une guerre civile généralisée, des Ukrainiens tirant sur des Ukrainiens.

Néanmoins, les oligarques qui entourent le président pourraient faire pression sur lui, de peur de voir le pays s’embraser ou de subir des sanctions européennes. Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine et le principal soutien financier du parti de Ianoukovitch, a condamné les violences meurtrières : « Les victimes humaines (…) sont un prix inacceptable pour des erreurs politiques. » Il a appelé à « revenir à la table des négociations et à ne pas arrêter une minute ce processus ».

J’ai eu la flemme de lire l’article en entier et j’ai scrollé vers le bas, vous pouvez me faire un résumé ?

Depuis novembre, l’Ukraine est agitée par des manifestations toujours plus violentes. L’élément déclencheur a été un accord d’association avec l’Union européenne. Une partie de la population y était très favorable, mais le président ukrainien y a renoncé au dernier moment. C’est que la Russie veut que l’Ukraine intègre sa future union eurasienne. Moscou redoute que son voisin ne quitte son giron.

Les Ukrainiens sont divisés depuis longtemps entre pro-européens et nationalistes à l’ouest et pro-russes à l’est. Mais ils sont de plus en plus agacés par leur président et la corruption de son régime. Les manifestants réclament plus de démocratie. Le président ukrainien a tergiversé pour tenter d’amadouer la contestation. Il a finalement opté pour la force face aux manifestants, mardi 18 février. Le pays est à deux doigts de basculer dans la guerre civile.

 

Source : France TV Info

Ces musulmans qui plébiscitent l’école catholique

Les familles musulmanes viennent chercher dans les écoles catholiques un encadrement, un suivi différents.
Les familles musulmanes viennent chercher dans les écoles catholiques un encadrement, un suivi différents. Crédits photo : Kostyantyn Ivanyshen/Kostyantyn Ivanyshen – Fotolia

REPORTAGE – L’école catholique accueille de plus en plus d’élèves de confession musulmane depuis les années 1970.

«Depuis quelque temps, beaucoup de familles musulmanes me questionnent sur l’école catholique. Elles s’inquiétaient déjà des questions de sexualité et d’homosexualité abordées à l’école. Avec ces rumeurs de théorie du genre, elles s’affolent. Ce qui les fait revenir sur terre, c’est le prix», explique Chawki Belaliat, père musulman de deux enfants. S’il a fait le choix de l’enseignement catholique, c’est pour «le niveau scolaire» et pour échapper à l’école publique classée ZEP, à Nice nord. Dans une école privée, il a trouvé des valeurs proches des siennes: «Des croyances qui ne seront pas tournées en dérision, une atmosphère, des valeurs de fraternité et de partage, des exemples de personnes qui ont une foi et qui ont réussi.»

Plus complexes qu’il n’y paraît, les motivations des familles musulmanes sont faites de paradoxes et d’inquiétudes. «Dans le public, elles craignent l’athéisme, dans le privé catholique l’évangélisation. Pour mettre son enfant dans un établissement catholique, il faut une certaine ouverture d’esprit», indique Chawki Belaliat. Les musulmans qui inscrivent leurs enfants dans une école catholique le font pour trois raisons. Il y a ceux -minoritaires – pour lesquels le caractère religieux est primordial, indispensable à une éducation traditionnelle permettant l’harmonie entre milieu familial et milieu scolaire. «Le choix scolaire est fortement lié à un sentiment éthique de la famille», analyse la sociologue Sylvie Mazzella. Les termes de respect et d’autorité reviennent souvent dans leurs propos. Plus nombreux sont les parents qui évoquent la transmission de valeurs morales et l’acquisition de bonnes manières. «J’ai inscrit ma fille dans cet établissement parce que les valeurs morales me correspondent. Et parce que je souhaitais la protéger d’une vie sentimentale trop précoce», explique une mère musulmane du très chic établissement parisien Saint-Jean-de-Passy, venue assister début février à une conférence sur le «genre»… Pour le groupe majoritaire chez les parents, il s’agit d’échapper à l’école publique d’à côté, jugée laxiste ou mal fréquentée.

«Un suivi différent»

Les débats sociétaux actuels auront-ils une incidence sur la fréquentation des établissements catholiques par les musulmans? En cette fin de période d’inscriptions pour septembre, les responsables n’ont pas remarqué de pression à la hausse. L’école catholique accueille toutefois des élèves de culture musulmane, de façon grandissante depuis les années 1970. «Nous suivons l’évolution démographique», observe Claude Berruer, secrétaire général adjoint de l’enseignement catholique. Les musulmans représentent la moitié des effectifs de deux collèges privés de Roubaix. En Seine-Saint-Denis, les établissements catholiques comptent un tiers d’élèves de culture musulmane, voire davantage. Une situation similaire dans la périphérie de Lyon, Saint-Étienne, et dans les quartiers nord de Marseille où un collège en reçoit 98%! Ces cas restent toutefois particuliers car liés à une implantation scolaire dans des zones «ghettos» peuplées par des populations d’origine immigrée. Le collège Saint-Joseph compte 80% d’élèves d’origine maghrébine, une proportion stable. «Les familles musulmanes viennent chercher chez nous un encadrement, un suivi différents. Elles viennent aussi parce que l’on parle de Dieu de façon ouverte et que nous transmettons les valeurs du vivre ensemble, du respect de soi, de l’autre, de l’adulte, des autorités. Choses qui n’existent plus dans les quartiers», explique Dominique Rabier, chef de cet établissement. Outre le public et le privé catholique, les familles ont depuis quatre ans un troisième choix: le collège-lycée musulman Ibn Khaldoun privé hors contrat. Un établissement recherché par les parents pour des motifs là clairement religieux.

 

Sources : Le Figaro et E&R