Démographie : âges médians des populations

Intéressons-nous aujourd’hui aux âges médians des populations, à savoir l’âge qui sépare les populations en 2 moitiés égales, la moitié de la population ayant plus et la moitié ayant moins que cette âge. C’est un indicateur moins biaisé que l’âge moyen.

Voici la situation des continents :

ages medians

On note la forte accélération du vieillissement de la Planète.

Au niveau des grands pays :

ages medians

Le vieillissement de la Chine, porté par la politique du “1 enfant par famille” est spectaculaire, suivi par celui de l’Allemagne.

Au niveau de l’Europe :

ages medians

ages medians

Avec 44,3 ans, l’Allemagne est ainsi le pays le plus vieux d’Europe – l’écart avec les 40, 1 ans de la France est en fait gigantesque.

L’Espagne et l’Italie ont particulièrement vieilli au cours du demi-siècle passé, l’Irlande restant la plus jeune.

 

Source : Les Crises

Publicités

Crédit Agricole – Le bon sens a (avait) de l’avenir

Suite de notre série sur les mégabanques françaises, avec le Crédit Agricole faisant suite à BNP Paribas. Le billet sera plus court, au vu du manque flagrant de transparence et de professionnalisme dans la communication des informations du Crédit Agricole (un conseil s’ils me lisent : prenez exemple sur BNP Paribas !)

Commençons classiquement par l’évolution du bilan (rappel : dans la plupart des graphiques, il s’agit bien d’euros constants 2012, donc correction faire de l’inflation) :

“Déesse croissance”, acquise à coups de produits dérivés et de rachat de banques grecques, miam miam…

On utilise dans la secteur bancaire la notion de PNB = Produit Net Bancaire, c’est une sorte de Chiffre d’Affaires. Voici donc le compte de résultat :

Succès impressionnant au niveau de la rentabilité (ROE = Return On Equity = Résultat Net / Capitaux propres) :

Encore un franc succès du brillant “modèle de Banque universelle”…

Le montant brut des profits laisse rêveur : x 8 en 10 ans en euros constants…. Avant un léger rééquilibrage…

Cela ne vous rappelle rien ?

Voici le détail pour la BFI (Banque de Financement et d’Investissement, qui mélange la partie banque commerciale pour les entreprises et la Banque de marché “casino”) :

Observons enfin l’évolution du montant notionnel des produits dérivés (qui sont l’engagement brut de la banque sur ces produits, heureusement compensé en grande partie) :

16 000 milliards d’euros : non, non, il n’y a aucune erreur…

 

Je vous propose aujourd’hui (maintenant) de mieux comprendre de quoi est constitué un bilan bancaire, en analysant les (tristes) comptes 2012 du Crédit Agricole SA – dont les pertes de sa filiale grecque ainsi que les dépréciations de ses autres acquisitions ont entraîné une perte de 6 Md€ à sa holding SA.

On observe qu’il y a beaucoup de lignes, certaines de 572 milliards, d’autres de 4. On va donc regrouper pour en garder que les plus importantes. Voici la synthèse :

L’actif (ce que “possède” la banques) se compose de 6 éléments principaux :

  • 1 et 2 représentent les prêts que la banque a accordés, aux clients et à d’autres banques ;
  • 3 représente les actifs que la banque possède à court terme (elle est intermédiaire dans les marchés spéculatifs)
  • 4 représente les actifs que la banque possède à plus long terme (en particulier comme placement des assurances vendues par le groupe)
  • 5 représente le solde
  • 6 représente les écarts d’acquisition. Poste important, dans lequel on loge les surcoûts d’acquisition. Quand la banque achète une filiale en Grèce qui vaut “objectivement” 7 milliards, mais qu’elle paie 8 milliards  elle comptabilise en participation 7 et 1 dans les écarts d’acquisition. Bon, quand la filiale s’avère plus tard ne valoir que 0 en fait , il faut diminuer les 2 postes…

Voici le passif (ce que “doit” la banque + ses fonds propres  [qu’elle doit à terme aux actionnaires] ) :

On a 6 postes de dette :

  • 1 représente les dépôts des clients (la banque vous les doit, évidemment) ;
  • 2 représente les emprunts que la banque a effectués, auprès d’autres banques (sa situation nette est donc prêteuse de 386-161 = 225 milliards) ;
  • 3 représente les passifs que la banque possède à court terme (elle est intermédiaire dans les marchés spéculatifs) ;
  • 4 représente les obligations que la banque a émises pour se financer ;
  • 5 représente les sommes dues aux assurés (assurance vie…) ;
  • 6 représente le solde

et 2 de capitaux propres, avec le résultat de l’année et la valeur des fonds propres avant leur imputation.

Cela donne ce schéma en synthèse :

On observe que le Crédit Agricole recueille nettement plus de dépôts que ce qu’il effectue comme prêts. Il est donc en mesure de prêter de l’argent aux autres banques.

En rouge figurent donc les activités de marché. Avec plus de 600 Md€, le total justifie qu’on demande leur éloignement sanitaire d’urgence – de lourdes pertes pouvant mettre en danger les dépôts.

Maintenant que nous avons une meilleure vision, nous allons observer l’évolution du bilan en 2012. Elle est assez… surréaliste !

Rappelons avant que l’exercice se solde par une magnifique perte historique de 6,5 Md€ (les chiffres négatifs sont entre parenthèses) :

3,4 Md€ de pertes proviennent de réajustement d’écarts d’acquisition (actant que ces achats ont été de mauvaises affaires en fait) et 4 Md€ proviennent en particulier de pertes de la filiale grecque Emporiki, vendue en 2012.

Voici ce qu’on peut dire sur l’évolution de l’actif durant cette année noire :

On note :

  • que les prêts à l’économie sont en baisse de -70 Md€ (en raison entre autres de la vente de la filiale grecque) et ne représentent plus que 18 % du bilan ;
  • qu’en revanche, tout va bien pour la spéculation : + 130 Md€ !
  • l’impact du réajustement des écarts d’acquisition. Il en reste pour encore 14 Md€ cependant (dont 2 à l’international et 2 dans les activités de marchés – rien n’a changé pour la banque de détail en France  où la situation est évidemment brillante…).


Voici pour le passif :

On note :

  • que les dépôts fondent de 42 Md€ (vente de filiales)
  • que les passifs spéculatifs augmentent de 133 Md€ ;
  • la perte de 6,5 Md€ impactant les fonds propres ;
  • que, du coup, les fonds propres au bilan ne représentent plus que 45 Md€ pour 1 842 Md€ de bilan, soit un magnifique 2,5 % ! Record battu parmi les 28 banques systémiques mondiales…

Précisions enfin que le montant des engagements bruts sur produits dérivés :

atteignent désormais la bagatelle de 15 550 milliards d’euros (pas d’erreur, mais une grande partie se compense – quand tout va bien…), et ont à peine baissé sur la période.

Bref, encore un beau succès du “modèle de banque universelle” !

Pour continuer, nous réaliserons dans un prochain billet une synthèse de la situation de nos mégabanques

 

Source : Olivier Berruyer sur les-crises (1 et 2)

 

Les Européens, trop différents pour s’entendre, par Richard Swartz

Plus que les écarts entre les performances économiques des pays de l’UE, ce sont les fossés culturels entre les Européens qui constituent l’obstacle principal à la création d’une véritable communauté homogène. Il n’est dès lors pas étonnant qu’on ait autant de mal à la construire.

Richard SwartzRichard Swartz

Beaucoup ont essayé d’unifier l’Europe. Tous s’y sont cassé les dents : Attila, Charlemagne, Napoléon, Hitler. La dernière tentative en date est celle de l’Union européenne. Laquelle ne s’est pas faite flamberge au vent, l’Europe étant devenue, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un continent pacifiste, mais par des moyens inoffensifs tels que la bonne volonté, des institutions communes, des lois et des règlements. L’euro est la dernière, et sans doute la plus audacieuse, de ces initiatives en faveur d’une Europe unifiée.

L’origine du projet européen moderne est politique, même si l’accent a été mis depuis le début sur l’économie. La communauté du charbon et de l’acier visait à sortir les industries nécessaires à la guerre du cadre de l’Etat-nation afin de prévenir de nouveaux conflits. Les économies nationales devaient se retrouver dans un grand marché unique dépourvu de frontières et converger peu à peu les unes vers les autres.

Le projet ne se fondait pas simplement sur la suprématie de l’économie mais aussi sur l’idée que la rationalité économique devait permettre l’émergence d’une communauté de vues dans d’autres domaines dans le but de créer un ensemble qui ressemblerait à des Etats-Unis d’Europe.

La région la plus complexe du monde

L’économie a sans aucun doute joué un rôle décisif lorsqu’il s’est agi de mettre l’Europe à l’abri de la guerre et, en ce sens, la coopération européenne a été un formidable succès après 1945. Mais la coopération économique ne suffit plus pour ce que nous devons construire aujourd’hui ; la crise de l’euro nous apprend que cette coopération a ses limites, lesquelles sont en réalité d’ordre historique et culturel. Car l’Europe est sans doute la région du monde la plus complexe qui soit.

Dans un espace de taille modeste, plus de 300 millions de personnes doivent tenter de former une union alors qu’il n’est pas besoin d’aller bien loin pour ne plus comprendre ce que dit l’autre, pour trouver des gens qui mangent et boivent des choses que nous ne connaissons pas, qui chantent d’autres chansons, qui célèbrent d’autres héros, qui entretiennent un autre rapport au temps mais aussi, d’autres rêves et d’autres démons.

Or ces différences sous-jacentes ne sont jamais, ou rarement, évoquées. Elles sont masquées par un discours dans lequel tous les Européens apparaissent naturellement soudés face au reste du monde, alors qu’un Suédois aura sans doute plus de points communs avec un Canadien ou un Néo-Zélandais qu’avec un Ukrainien ou un Grec. Il est probable que ce soit principalement à cause de nos différences culturelles – et non politiques ou économiques – que l’histoire de l’Europe est émaillée d’hostilités et de violences, à commencer par les deux guerres les plus effroyables que l’humanité ait connues, et qui n’étaient au fond que des guerres civiles européennes.

Pourtant on a l’impression que tout cela est oublié ou refoulé. Voire inconnu. Si bien que le discours européen que l’on nous sert quotidiennement – le drapeau, Beethoven, l’Eurovision… – a peu de chose à voir avec notre réalité européenne ; il relèverait plutôt de la pure propagande pour un projet qui ne veut pas entendre parler de différences culturelles ou mentales, lesquelles sont pourtant nettement plus profondes que nos différences matérielles ou financières.

L’Europe à laquelle nous ne voulons pas croire

En réalité, il a fallu attendre la crise européenne pour ouvrir les yeux sur le fossé qui sépare le discours de la réalité. A notre stupéfaction, la crise nous a fait découvrir des gens qui n’avaient jamais payé d’impôts, qui estimaient que les autres devaient payer leurs dettes à leur place et qui accusaient de despotisme ceux qui leur tendaient la main. Nous ignorions l’existence de tels Européens et nous ne voulons pas y croire. C’est pourtant la réalité, et cela fait longtemps que cela dure.

Qui, en dehors des spécialistes, savait voilà un an ce qu’était le clientélisme ? J’ai une amie croate qui est ministre depuis le début de l’année. Ce n’est pas un ministère de premier plan, mais tout de même. Je lui demande combien de fonctionnaires permanents figurent sur la liste de salariés du ministère. Cinq cents. Cinq cents ? Cela paraît beaucoup pour un pays comme la Croatie. De combien de collaborateurs aurait-elle besoin pour élaborer la politique qu’elle entend mener ?

La réponse résonne comme un coup de tonnerre : trente. “Et tu envisages de congédier les 470 autres ?” La ministre regarde d’un air à la fois empathique et moqueur le nigaud du Nord des Alpes que je suis (sans être blond pour autant). Non. Car elle n’a pas l’intention de jouer avec sa vie. D’autant qu’elle a un fils qui va à l’école à pied tous les jours. Et un accident est si vite arrivé. Même lorsque mon amie aura quitté ses fonctions, près de 500 fonctionnaires continueront chaque jour de se rendre dans des bureaux qui n’existent pas pour faire un travail qui ne les attend pas. Seuls les salaires qu’ils touchent existent dans le monde réel.

Voilà à quoi ressemble notre Europe. Et notez bien que le Nord n’est pas moins étrange que le Sud, que l’Est ne l’est pas moins que l’Ouest, et vice-versa. Tout est question de point de vue. L’Europe n’est ni plus ni moins qu’un rayon de miel extrêmement fragile, composé de particularismes culturels, historiques et mentaux. Aucun Européen ne ressemble vraiment à un autre. Et pourtant, nous préférons voir cette Europe non pas comme un rayon mais comme un pot de miel, prêt à consommer.

Par Richard Swartz, journaliste et écrivain suédois né en 1945. Installé à Vienne depuis 1976.
Traduction : Jean-Baptiste Bor

 

Source : PressEurop d’après Dagens Nyheter et Les-crises.fr

François Hollande : « Le pire est passé »

francois-hollande-a-l-elysee-le-15-octobre-2012

[François Hollande à l’Elysée le 15 octobre 2012. | Patrick Zwirc / Modds pour Le Monde] [OB : énorme la photo, il ne manque plus que le « Toutes nos condoléances, M. Hollande »…]

dessin-piredessin-flamby

Article : Les-crises.fr

 

Le système bancaire français

Nous entamons aujourd’hui une petite série sur nos banques, qui s’égrènera jusqu’au vote de la triste loi bancaire…

Voici tout d’abord la composition du système bancaire français :

01-systeme-bancaire-francais

suite sur les-crises.fr

47 signes prouvant que la Chine a complètement pulvérisé les États-Unis sur la scène économique mondiale

Avez-vous déjà regardé un match de football ou un match de basket où une équipe domine tellement l’autre que dire que c’est une “tuerie” est un euphémisme? Eh bien, c’est ce que fait la Chine aux États-Unis. La Chine a complètement pulvérisé l’Amérique sur la scène économique mondiale.

chinamerique-01

Source : Les-crises

Nouriel Roubini : On joue avec le feu !

Nouriel Roubini, a professor at NYU’s Stern School of Business and Chairman of Roubini Global Economics, was Senior Economist for International Affairs in the White House’s Council of Economic Advisers during the Clinton Administration. He has worked for the International Monetary Fund, the US Federal Reserve, and the World Bank.

PARIS – Depuis juillet les marchés financiers espèrent que la situation économique et les perspectives géopolitiques mondiales ne vont pas s’aggraver, ou bien que dans ce cas les banques centrales

soutiendront l’économie et les marchés en injectant à nouveau des liquidités et en procédant à une phase de relâchement de la politique monétaire supplémentaire. Les bonnes nouvelles (ou meilleures que celles que l’on attendait) ont donc redynamisé les marchés. Cependant les mauvaises nouvelles ont joué le même rôle, parce qu’elles augmentent la probabilité que les responsables des banques centrales qui servent de pompiers – tels Ben Bernanke, le responsable de la Réserve fédérale américaine, et Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne – inondent les marchés de flots de liquidités.

Mais les marchés qui se redressent qu’elles que soient les nouvelles, sont instables. Si la situation économique s’aggrave et si la confiance à l’égard de l’efficacité des responsables politiques chute, des phases durant lesquelles les investisseurs inquiets ne prennent aucun risque vont probablement réapparaître.

Dans la zone euro, la décision de la BCE d’aider les pays en difficulté en achetant potentiellement sans limite leurs obligations a suscité l’euphorie. Pourtant cela n’a pas changé la règle du jeu, mais simplement permis aux dirigeants politiques de gagner du temps pour appliquer les mesures difficiles indispensables pour résoudre la crise. Or les défis politiques sont impressionnants : la récession de la zone euro s’aggrave, alors que les mesures de consolidation budgétaires supposées résoudre la crise continuent à s’appliquer et que le crédit reste toujours sévèrement rationné. Les banques de la zone euro et le marché des dettes publiques se balkanisent de plus en plus, il va donc être extrêmement difficile de parvenir à une union bancaire, budgétaire et économique, tout en poursuivant une politique macroéconomique destinée à restaurer la croissance, la balance extérieure et la compétitivité.

Même le soutien de la BCE n’est pas évident. Les faucons de la politique monétaire (la Bundesbank et d’autres banques centrales au cœur de la zone euro) qui craignaient un nouveau mandat sans limite précise pour la BCE ont obtenu que les achats des obligations des pays en difficulté fassent l’objet de conditions draconiennes qui leur permettent de suspendre leurs achats au cas où elles ne seraient pas remplies.

Par ailleurs, la Grèce pourrait sortir de la zone euro en 2013, avant que l’Espagne et l’Italie n’aient pu établir une barrière de protection efficace. L’Espagne (comme la Grèce) s’enfonce dans la dépression et pourrait avoir besoin d’un plan de secours à grande échelle de la « troïka » (la BCE, la Commission européenne et le FMI). Pendant ce temps, la lassitude engendrée par l’austérité à la périphérie de la zone euro s’oppose de plus en plus à celle provoquée par les plans de secours au centre.

Pour des raisons politiques, l’Allemagne ne peut voter des dépenses supplémentaires en soutien aux pays en difficulté. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait transféré cette responsabilité à la BCE – seule institution susceptible de court-circuiter les parlements élus. Mais à nouveau, des réserves de liquidité à elles toutes seules – sans mesures d’accompagnement destinées à restaurer rapidement la croissance – ne peuvent que retarder et non empêcher l’éclatement de l’union monétaire – ce qui conduirait à la fin de l’union économique et commerciale et finalement à la destruction du marché unique.

Aux USA, les derniers chiffres confirment que le marché du travail est affaibli et la croissance anémique, au point que la production du deuxième semestre 2012 ne devrait pas dépasser le taux de progression de 1,6% annuel du premier semestre. Et du fait de la polarisation et de l’impasse politique aux USA, on peut s’attendre à encore davantage de conflits portant sur le budget et le plafonnement de la dette, ainsi qu’à une dégradation supplémentaire de la notation du pays et à l’absence d’accord sur la consolidation budgétaire à moyen terme. Cette perspective est indépendante du résultat de l’élection présidentielle de novembre. Le seul accord auquel on peut s’attendre portera sur le plus petit dénominateur commun : éviter des choix budgétaires douloureux jusqu’à ce que les gardiens soi-disant vigilants des obligations finissent par se réveiller, s’opposent aux taux à long terme et contraignent le système politique à procéder à des ajustements budgétaires.

En Chine, un atterrissage économique brutal semble de plus en plus probable, car la bulle des investissements se dégonfle et les exportations nettes sont à la baisse. Pendant ce temps, les réformes nécessaires pour réduire l’épargne et augmenter la consommation des ménages sont retardées. Comme en Europe et aux USA, le pire a été évité en 2012 en gagnant du temps par toujours plus de stimulation monétaire et budgétaire et par la relance du crédit.

Néanmoins on peut s’attendre à un atterrissage brutal en 2013, car cela va être la fin des plans de relance, la montée des prêts à risque, l’approche de l’éclatement de la bulle des investissements, tandis que le problème du renouvellement des dettes des gouvernements provinciaux et de leurs véhicules d’investissement spéciaux ne pourront être masqués plus longtemps. Et du fait de l’extrême prudence de la nouvelle équipe au moment où elle va prendre les rênes du pouvoir, les réformes se feront à vitesse d’escargot, ce qui pourrait engendrer des troubles sociaux et politiques.

Le Brésil, l’Inde, la Russie et d’autres pays émergents sont dans une situation analogue. Beaucoup d’entre eux n’ont pas procédé aux ajustements nécessaires, alors que la faiblesse des pays avancés ne leur permet plus de fonder leur croissance sur les exportations ; ils retardent les réformes structurelles voulues pour encourager le développement du secteur privé et la croissance de la productivité, tout en adoptant un modèle de capitalisme d’Etat qui montrera bientôt ses limites. Le récent ralentissement de la croissance des pays émergents n’est donc pas simplement cyclique en raison de la faible croissance et de la récession dans les pays avancés, il est aussi structurel.

On observe des atermoiements analogues au niveau géopolitique. Les principales puissances mondiales en sont encore à tenter tour à tour négociations et sanctions pour pousser l’Iran à arrêter de développer l’arme nucléaire. Mais l’Iran joue la montre et espère parvenir à une zone d’immunité. En 2013, Israël qui à tort ou à raison perçoit le programme nucléaire iranien comme une menace existentielle, et/ou les USA, qui ont rejeté l’idée du confinement d’un Iran qui serait détenteur de l’arme nucléaire, pourraient décider de frapper les installations nucléaires iraniennes, ce qui conduirait à une guerre et à une flambée du prix du baril de pétrole.

C’est l’inefficacité des gouvernements et leur manque de leadership qui constituent la racine du problème. Dans les démocraties, des élections à répétition conduisent à des choix politiques à court terme. Dans les autocraties comme la Chine ou la Russie, les dirigeants résistent aux réformes radicales qui réduiraient le pouvoir des lobbies et des intérêts particuliers, ce qui alimente les troubles sociaux, car la colère gronde contre la corruption et la recherche de rentes de situation.

Mais comme tout le monde cherche à gagner du temps, les problèmes s’aggravent et les principaux pays émergents comme les pays avancés foncent droit dans le mur. Pour éviter la catastrophe, les responsables politiques doivent faire preuve de leadership et de vision.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

 

Sources : Project-Syndicate et Les Crises