Démographie : âges médians des populations

Intéressons-nous aujourd’hui aux âges médians des populations, à savoir l’âge qui sépare les populations en 2 moitiés égales, la moitié de la population ayant plus et la moitié ayant moins que cette âge. C’est un indicateur moins biaisé que l’âge moyen.

Voici la situation des continents :

ages medians

On note la forte accélération du vieillissement de la Planète.

Au niveau des grands pays :

ages medians

Le vieillissement de la Chine, porté par la politique du “1 enfant par famille” est spectaculaire, suivi par celui de l’Allemagne.

Au niveau de l’Europe :

ages medians

ages medians

Avec 44,3 ans, l’Allemagne est ainsi le pays le plus vieux d’Europe – l’écart avec les 40, 1 ans de la France est en fait gigantesque.

L’Espagne et l’Italie ont particulièrement vieilli au cours du demi-siècle passé, l’Irlande restant la plus jeune.

 

Source : Les Crises

Pour Barack Obama, l’Europe est un partenaire commercial et rien de plus

Le récent G8 et la visite de Barack Obama à Berlin ont souligné les divisions au sein de l’Europe, qu’elle doit gommer pour exister politiquement face aux Etats-Unis, juge notre contributeur Fabien Cazenave.

"Pour Barack Obama, l'Europe est un partenaire commercial et rien de plus"

Pour notre contributeur Fabien Cazenave, « il n’a jamais été question pour Barack Obama de traiter l’Europe comme un allié en tant que tel ».

REUTERS/Yves Herman

Le président des Etats-Unis a fait escale en Europe à l’occasion du G8 en Irlande du Nord et des 50 ans du discours de John Fitzerald Kennedy à Berlin. Barack Obama a à cette occasion discuté du futur grand accord commercial entre l’Europe et les USA. Cette visite sur notre continent est symbolique de la perception qu’a Obama de l’Europe: un territoire où commercer mais rien de plus. 

L’Europe: un continent où commercer

Barack Obama est tourné vers l’Asie. Ses premiers voyages sont pour ce continent, la Chine en tête. Si les Etats européens peuvent avoir un intérêt pour servir d’intermédiaire dans le cadre de négociations diplomatiques, ils ne sont considérés « que » comme des « Alliés ».

Au G8, Barack Obama a tenu une conférence de presse avec les représentants européens pour parler du grand accord commercial qui va être prochainement discuté. Lors de celle-ci, personne n’a parlé de la question de l’exception culturelle, ceci étant un sujet mineur et très franco-européen.

Pour le président américain, « ce partenariat transatlantique sera une priorité de [son] administration. […] Il augmentera les exportations, réduira les obstacles au commerce et à l’investissement. Dans le cadre plus large de la stratégie de croissance entre nos deux économies, il créera des centaines de milliers d’emplois des deux côtés de l’océan » explique-t-il.

Il ne s’agit donc nullement comme il était question pour la création en 1957 de la CEE(Communauté économique européenne) de la création d’une union autant fondée sur le commerce que sur des valeurs communes.

De même dans son discours à Berlin, il n’a jamais été question pour Barack Obama de traiter l’Europe comme un allié en tant que tel. Par exemple sur la question du désarmement nucléaire massif. Symboliquement, c’est en Europe, dans l’ancienne capitale divisée entre Ouest et Est qu’il souhaite tourner définitivement la page de la Guerre Froide. Mais c’est la Russie qu’il a appelé à approuver cette réduction. L’Union européenne n’existe pas en la matière alors que c’est des conséquences potentielles d’une guerre dévastatrice sur son sol dont on parle ici.

L’Europe trop divisée pour être un interlocuteur

En fait, cette approche américaine est logique. Au G8, Barack Obama a eu pour interlocuteur François HollandeAngela MerkelJosé Manuel Barroso et Herman Van Rompuy. Cela fait beaucoup pour un continent alors que la Chine ou la Russie n’envoie qu’un seul représentant.

La multiplication des interlocuteurs avait inspiré la fameuse phrase de Kissinger, « l’Europe quel numéro de téléphone? ». Parce que nous avons une vision nationale de la diplomatie, nous ne nous rendons plus compte de ce que nous imposons comme étiquette lourde et surranée à respecter pour nos partenaires.

Nous estimons normal que chacun de nos pays soit traité avec déférence. Dans la présentation du voyage d’Obama, la Maison Blanche présente Angela Merkel comme un « de nos principaux partenaires ». Au G8, le président américain est contraint dans son discours de remercier autant Barroso, Van Rompuy et Cameron présents à la conférence de presse que le « Président Hollande, la Chancelière Merkel, le Premier Ministre Letta et le Taoiseach Kenny », ainsi que « tous les autres membres de l’Union européenne« . Cela fait beaucoup de courbettes diplomatiques pour un seul interlocuteur, « l’Europe ».

Au final, certains dénoncent avec raison que « l’Europe perd de plus en plus rapidement de son influence et de son intérêt sur la scène internationale ». La visite de Barrack Obama en est le symbole: il parle d’Europe de manière générique mais doit citer tous ses interlocuteurs en particulier pour ne froisser personne…

L’Europe devient une nouvelle ligue hanséatique: unecommunauté de marchands, imposant dans sa globalité mais divisée et incapable de se comporter en acteur majeur du point de vue international.

Source : L’express

Manifestations contre la firme Monsanto et les OGM dans plusieurs villes européennes

Des militants réalisent un sit-in contre le géant américain de l'agrochimie Monsanto, le 25 mai 2013 à Paris

Ces entreprises plus fortes que les États

Face aux multinationales, les nations, lestées de dettes et minées par le chômage, semblent de plus en plus désarmées. Enquête sur une lame de fond qui met à mal leur crédibilité, et celle des politiques.

Des groupes à la puissance financière démesurée défient les gouvernenents. Dans l’affaire Florange, Lakshmi Mittal, le patron du n° 1 mondial de l’acier, a fait peu de cas des sommations de François Hollande.
REUTERS/Thierry Roge

Il faudrait peut-être penser à tourner la saison 2 du Léviathan, de Thomas Hobbes. Dans son oeuvre majeure, publiée au milieu du xviie siècle, le grand philosophe anglais représente l’Etat sous les traits du monstre marin, toujours prompt à déployer ses omnipotents tentacules pour asservir le commerce, la finance et l’industrie. Autres temps, autres rapports de force. Aujourd’hui, l’ignoble « serpent tortueux » du livre d’Isaïe s’est métamorphosé en une indolente couleuvre et le Léviathan-Etat en… Léviathan-SA. Car ce sont désormais des sociétés anonymes, mais présentes aux quatre coins du monde, des multinationales aux puissances financières démesurées qui défient les Etats, même les plus grands.

Ces entreprises plus fortes que les États

Quelques chiffres éclairent sur cette inversion des « valeurs » : début 2013, Apple pesait en Bourse l’équivalent du budget de la France ou la somme des PIB roumain, hongrois, slovaque, croate et lituanien. Le seul chiffre d’affaires de la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Royal Dutch représente l’activité de tout le Royaume-Uni pendant deux mois et demi. Sur le front de l’emploi – le nerf de la guerre, en ces temps de chômage -, les multinationales alignent d’impressionnantes armées. Fort de ses 2,1 millions de salariés, le plus gros employeur privé du monde, le distributeur américain Wal-Mart, fait jeu égal avec l’armée populaire chinoise (2,3 millions). Nul besoin en fait de former de telles troupes pour faire plier le souverain. Les 20 000 métallos français employés par ArcelorMittalautorisent le patron à quelques bravades et promesses non tenues à l’endroit des gouvernements Fillon et Ayrault.

Une toile opaque de filiales et d’échanges de capitaux

Mais l’influence de ces groupes ne se mesure pas seulement avec une calculette. Ils tissent une toile extrêmement serrée et opaque de filiales et de relations capitalistiques. En 2011, trois chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich publient une étude « explosive » sur les participations de 43 000 sociétés transnationales : ils révèlent ainsi que 737 firmes contrôlent à elles seules 80 % du total. Or ces entreprises tentaculaires dépensent des sommes folles en lobbying pour tenter d’imposer leurs normes et d’infléchir la réglementation. Quitte à prendre elles-mêmes le stylo pour écrire leurs propres lois. Et quand un Etat un brin récalcitrant bombe le torse pour imposer de nouvelles règles, elles n’hésitent pas à porter leurs différends devant la justice.

Leurs chiffres d’affaires rivalisent avec des PIBCes entreprises plus fortes que les États

Une étude de l’ONG belge Corporate Europe Observatory dénombre quelque 450 cas d’arbitrage entre un Etat et une entreprise dans le monde en 2011, contre seulement 38 en 1996. Des « attaques » permises par les clauses dites « investisseurs-Etat » inscrites dans la plupart des accords de libre-échange entre pays, et qui autorisent une entreprise à poursuivre en justice un Etat dès lors qu’elle juge que son investissement est floué par une modification de la loi. Ainsi, le géant suédois de l’énergie Vattenfall, un des principaux gestionnaires du parc nucléaire outre-Rhin, exige aujourd’hui 3,5 milliards d’euros à l’Etat allemand après sa décision de sortir, à terme, de l’atome…

Quel affront ! Mais, au fond, à qui la faute ? Aux patrons des multinationales, tentés de mettre au diapason leur pouvoir avec leur puissance ? Aux Etats, surtout. Ils ont organisé leur propre abdication. « Présenté comme hyperpuissant, Google ne pèse rien en Chine parce que Pékin a dit non ! » s’emballe Jean-Louis Beffa, ancien président de Saint-Gobain. Endettés et affaiblis, les Etats tentent malgré tout aujourd’hui de reprendre le contrôle. Par quels moyens ? Les coups de gueule d’un Montebourg relèvent davantage de la rodomontade que d’un véritable renversement de pouvoir. Il faut dire que, pour certains grands groupes, notamment bancaires, le joker du « Too big to fail » est extrêmement efficace.

« L’hypertrophie bancaire a piégé les Etats. D’une part, les banques sont trop grosses pour qu’on les laisse tomber en cas de problème et, d’autre part, en encadrant trop strictement leur activité, on risque de freiner le financement de l’économie », déplore Sylvie Matelly, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Reprendre le contrôle de la politique industrielle se révèle aussi plus compliqué que prévu.

Des patrons infiniment mieux payés que de dirigeants politiquesTim Cook (Apple): 378 millions de dollarsLawrence Ellison (Oracle): 77,5 millions de dollars

Maurice Lévy (Publicis): 25,4 millions de dollars

Lee Hsien Loong (Singapour): 1,7 million de dollars

Barack Obama (États-Unis): 400.000 dollars

Angela Merkel (Allemagne): 280.000 dollars

François Hollande (France): 200.000 dollars

Rémunération 2011 (Sources: Fortune, Proxinvest)

« Chaque pays doit avancer avec ses champions nationaux »

Que peut faire la puissance publique quand les ingrédients qui entrent dans la fabrication d’un pot de yaourt parcourent des milliers de kilomètres avant d’arriver chez le consommateur ? « Dans l’automobile, la chaîne de valeur est tellement éclatée et fragmentée que les Etats ne peuvent plus mettre en place une politique de filière. Cette notion est vide de sens », analyse froidement Dominique Guellec, le responsable du service des politiques d’innovation à l’OCDE. La solution passe, évidemment, par plus de coopération entre Etats.

Le vote récent des parlementaires européens en faveur d’une résolution sur la reprise des sites rentables en Europe va dans le bon sens, mais la mesure tient surtout de la symbolique. « Organiser une association d’Etats contre les multi-nationales ne servirait pas à grand-chose. Il faut accepter la compétition entre Etats, mais chaque pays doit avancer avec ses champions nationaux en guise de fantassins », suggère l’ancien patron de Saint-Gobain. Après tout, les nations qui s’en sortent le mieux dans la mondialisation ont agi de la sorte avec leur fleuron industriel : la Chine, la Corée du Sud ou l’Allemagne. Paradoxalement, le meilleur moyen pour les Etats de dompter les multinationales serait de s’en rapprocher.

Source : L’Expansion | Franck Dedieu et Béatrice Mathieu – publié le 30/04/2013 à 09:16

Un pas de plus vers le précipice

20 avril 2013

La zone Euro, sous l’effet conjugué des politiques d’austérité, s’enfonce dans la crise. Pourtant, jamais les débats sur la politique économique n’ont été aussi intenses. Il n’en reste pas moins qu’ils se heurtent à un imaginaire des dirigeants politiques, tant en Allemagne qu’en France ou dans les autres pays, qui reste profondément structuré par le discours austéritaire. Les sources de ce dernier étaient tenues jusqu’à présent pour irréfutables. Mais, un récent travail permet de montrer que, derrière l’apparence du sérieux universitaire, il y avait beaucoup d’idéologie.

Le chômage a donc atteint récemment les 12% de la population active, mais avec des pointes à plus de 25% en Espagne et en Grèce. L’activité continue de régresser en Espagne, Italie et Portugal et, désormais, c’est la consommation qui commence à s’effondrer en France, annonçant, comme cela avait été prévu dans ce carnet[1], une nouvelle détérioration de la situation économique à court terme.

Graphique 1

 

Demande des ménages

Source: INSEE, Consommation des ménages et dépenses pour acquisition de biens immobiliers

En effet, deuxième pays de la zone Euro, la France, par la vigueur de sa consommation, avait jusqu’à ces derniers mois évité le pire pour la zone Euro. Si la consommation française continue de se contracter sur le rythme qu’elle suit depuis le mois de janvier, les conséquences seront importantes, tant en France que dans les pays voisins, et en premier lieu en Italie et en Espagne.

Une politique qui conduit l’Europe dans une impasse.

Cette détérioration générale de la situation économique pose ouvertement le problème de l’austérité adoptée par l’ensemble des pays depuis 2011, à la suite de la Grèce qui y avait été contrainte par l’Union Européenne, puis du Portugal et de l’Espagne. Mais, la volonté allemande de poursuivre dans la voie de cette politique est indéniable, et elle a été récemment réaffirmée[2]. Pourquoi, alors, un tel entêtement ? Il y a d’abord des intérêts évidents qui poussent l’Allemagne à défendre cette politique « austéritaire ».

La zone euro rapporte à l’Allemagne environ 3 points de PIB par an, que ce soit par le biais de l’excédent commercial, qui est réalisé à 60% au détriment de ses partenaires de la zone Euro ou par le biais des effets induits par les exportations. On peut parfaitement comprendre que, dans ses conditions, l’Allemagne tienne à l’existence de la zone Euro. Or, si Berlin voulait que la zone euro fonctionne comme elle le devrait, il lui faudrait accepter le passage à un fédéralisme budgétaire étendu et à une Union de transfert. C’est une évidence connue par les économistes[3], mais aussi au-delà. Au mois d’octobre 2012, dans le cadre du Club Valdaï, le Président Vladimir Poutine avait souligné que l’on ne pouvait pas faire fonctionner une union monétaire sur des pays aussi hétérogènes sans un puissant fédéralisme budgétaire[4]. Mais, si l’Allemagne  devait accepter ce fédéralisme, elle devrait alors accepter en conséquence de transférer une partie importante de sa richesse vers ses partenaires. Rien que pour l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal, les transferts nécessaires à la remise à niveau de ces économies par rapport à l’Allemagne et la France représenteraient entre 245 et 260 milliards d’euros, soit entre 8 et 10 points de PIB par an et ce pour au moins dix ans[5]. Des montants de ce niveau, et il n’est pas impossible qu’ils soient même supérieurs[6], sont absolument exorbitants. L’Allemagne n’a pas les moyens de payer une telle somme sans mettre en péril son modèle économique et détruire son système de retraite. Elle souhaite donc conserver les avantages de la zone euro mais sans en payer le prix. C’est pourquoi elle a toujours, en réalité, refusé l’idée d’une « Union de transferts ». Au-delà, le problème n’est pas tant ce que l’Allemagne « veut » ou « ne veut pas » ; c’est ce qu’elle peut supporter qui importe. Et elle ne peut supporter un prélèvement de 8% à 10 de sa richesse. Cessons donc de penser que « l’Allemagne paiera », vieille antienne de la politique française qui date du traité de Versailles en 1919, et regardons la réalité en face.

L’Allemagne a d’ores et déjà des réticences importantes sur l’Union bancaire, qu’elle avait acceptée à contre-cœur à l’automne 2012. Par la voix de son ministre des Finances, elle vient de déclarer qu’elle considérait qu’il faudrait modifier les traités existants pour que cette Union bancaire puisse voir le jour[7]. Il est certes possible de modifier les textes fondateurs, mais tout le monde est conscient que cela prendra du temps. Autrement dit, l’Allemagne repousse en 2015 et plus probablement en 2016 l’entrée en vigueur de l’Union bancaire dont elle a de plus largement réduit le périmètre. On peut considérer que les arguments de l’Allemagne sur la « constitutionnalité » de l’Union Bancaire sont des prétextes. C’est peut-être le cas, mais Madame Merkel a quelques bonnes raisons de vouloir s’assurer de la parfaite légalité des textes. La création récente du nouveau parti eurosceptique « Alternative pour l’Allemagne », un parti que les sondages mettent actuellement à 24% des intentions de vote, constitue une menace crédible pour les équilibres politiques en Allemagne[8].

Dans ces conditions, on comprend bien qu’il n’y a pas d’autre choix pour l’Allemagne que de défendre une politique d’austérité pour la zone Euro, en dépit des conséquences économiques et sociales absolument catastrophiques que cette politique engendre. De là à prétendre que l’Allemagne voudrait « expulser » les pays du « Sud » de l’Europe, il y a plus qu’un pas. Simplement, elle ne peut pas payer pour eux. De ce point de vue, attribuer un soi-disant « programme secret » à Madame Merkel à ce sujet, croire que l’on va mener une lutte héroïque pour garder ces pays dans la zone Euro est l’une de ces somptueuses âneries dont certains politiques ont le secret.

Mais il y a aussi une dimension idéologique, prétendument « fondée » en théorie économique.

La source de la politique austéritaire.

L’antienne que le poids de la dette compromet la croissance, et que seule une politique d’austérité est à même de soulager le poids de cette dette, fait partie de ces apparentes évidences dont la « sagesse des nations » est remplie. Cette soi-disant évidence avait trouvé une forme de justification dans un texte publié par deux auteurs fort connus (dont l’un fut le Chief Economist du FMI), Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff[9]. Les conclusions de ce texte, qui fut par la suite publié, étaient qu’au-dessus d’un ratio Dette/PIB de plus de 90% l’impact de la dette était très négatif sur la croissance. La conclusion était alors évidente : il fallait se désendetter si l’on atteignait de tels niveaux. C’est la logique adoptée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en France qui va renforcer dès le second semestre de 2013 l’austérité budgétaire et fiscale. Soit dit en passant, ceci allait contre toute une série d’études indiquant que l’austérité avait des conséquences dramatiques sur la croissance. On en a rendu compte sur ce carnet[10]. Mais, les partisans de l’austérité à outrance pouvaient toujours affirmer que, quelles que puissent être les conséquences de l’austérité, l’impératif du désendettement était une véritable priorité pour retrouver la croissance. C’est d’ailleurs très précisément le discours tenu par François Hollande et Jean-Marc Ayrault.

Sauf que ce papier contenait d’importantes erreurs qui ont été révélées dans une contre-étude rédigée par trois économistes[11], cette affaire ayant provoqué une certaine commotion dans le petit monde des économistes[12]. Tout d’abord, Reinhart et Rogoff ont arbitrairement exclu certaines années dans l’échantillon qu’ils ont constitué et qui est censé couvrir la période 1946-2009. Trois pays importants sont ainsi exclus pour les années de l’immédiat après-guerre, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande. Or, dans ces trois pays, on trouve à la fois un ratio de dette élevé et un taux de croissance élevé. Ensuite, les deux auteurs de l’étude faisant référence pondèrent leurs données de manière très curieuse, qui aboutit, là aussi, à diminuer l’influence sur les calculs de pays où l’on retrouve une dette publique importante et une croissance forte. Enfin, la réplication des données de l’étude originelle qui a été faite par les trois économistes montre qu’une erreur non négligeable s’est glissée dans l’une des feuilles Excel utilisée par Reinhart et Rogoff[13]. Le résultat est que Herndon, Ash et Pollin trouvent que les pays avec un ratio de dette rapporté au PIB de 90% et plus ont eu historiquement une croissance de 2,2% et non de -0,1% comme l’affirmaient Reinhart et Rogoff[14].

L’erreur concernant le fichier Excel est certainement ce qui a provoqué le plus de commentaires, mais il s’agit en réalité d’une erreur mineure. Par contre, l’omission de certains pays à certaines périodes ainsi que les pondérations utilisées sont des indices bien plus sérieux que Reinhart et Rogoff ont « arrangé » leurs données pour obtenir des résultats conformes à leur idéologie. Ceci jette un doute bien plus profond et sur la méthode de certains économistes et sur le sérieux des gens qui les suivent.

Les conséquences désastreuses des politiques austéritaires.

Tous les pays, les uns après les autres, se sont lancés dans des politiques suicidaires de dévaluation interne, politiques qui sont les équivalents des politiques de déflation des années trente qui amenèrent Hitler au pouvoir. Ainsi en est-il en Espagne et en Grèce, ou le chômage et l’austérité dévastent la société[15]. Mais les conséquences ne se limitent pas qu’à cela. En fait, la politique d’austérité est en train de dresser les peuples les uns contre les autres. Le paradoxe est ici total. L’Europe, au sens de l’Union Européenne, que l’on présente habituellement comme un facteur de paix sur le continent, s’avère être désormais un facteur d’aggravation des conflits et de réveil des vieilles haines.

Dans le cas de la France, les conséquences de l’austérité sont claires. Si l’on veut absolument réduire le coût du travail pour tenter de restaurer la compétitivité de l’industrie sans dévaluer, il est clair qu’il faudra baisser les salaires et les prestations sociales. Mais alors c’est la consommation, qui se réduit déjà comme nous le voyons actuellement, qui s’effondrera. Inévitablement nous verrons les conséquences sur la croissance ; aujourd’hui les estimations les plus crédibles indiquent que pour l’économie française l’année 2013 se traduira au mieux par une stagnation et plus vraisemblablement par une contraction de -0,4% du PIB. Les dernières projections du FMI montrent d’ailleurs que les perspectives de croissance se réduisent fortement pour 2013. Un écart de -0,4% du PIB entre les prévisions faites en janvier et celles faites en avril est en réalité très significatif de la trajectoire sur laquelle nous sommes engagés.

Tableau 1

FMI-Projections

Source: Fonds Monétaire International, prévisions du 16 avril 2013

Le résultat en sera bien entendu une hausse importante du chômage. Si nous voulons faire baisser nos coûts de 20%, il nous faudra probablement augmenter le chômage de moitié, soit arriver à plus de 15% de la population active, ou 4,5 millions de chômeurs au sens de la catégorie « A » de la DARES et 7,5 millions pour les catégories A, B et C incluant toutes les catégories de chômeurs. De plus, dans la zone euro, l’Espagne et l’Italie concurrencent déjà la France par la déflation salariale. Il faudrait donc faire mieux que Madrid et Rome, quitte à atteindre non pas 15% mais alors 20% de chômage. Quel homme politique en assumera la responsabilité ? Quelles en seront les conséquences politiques ?

Par ailleurs, et sensiblement aussi inquiétant, les profits des entreprises et l’investissement productif sont en train de s’écrouler. Ceci implique que la modernisation de l’appareil productif prendra du retard et que ce que nous pourrions gagner, le cas échéant, par des politiques de dévaluation interne, nous le perdrions en productivité.

Graphique 2

Profits et inv

Source: INSEE

Pour l’heure, nos dirigeants, et en particulier en France, font le gros dos. Le Président de la République, François Hollande, met tous ses espoirs dans une hypothétique reprise américaine pour alléger le poids du fardeau de l’austérité. Il a cependant déjà du admettre que ceci ne surviendrait pas au 2ème semestre 2013, comme il l’avait annoncé tout d’abord, et il a décalé sa prédiction au début de 2014. Mais, tel l’horizon qui s’enfuit devant le marcheur, la reprise américaine ne cesse de se décaler. C’est une illusion de croire que la demande extérieure viendra aujourd’hui nous sauver la mise. La croissance américaine est bien plus faible que prévue, et le FMI réduit à la baisse ses prévisions la concernant. Quant à la croissance chinoise, elle se ralentit de mois en mois. François Hollande espère que nous serons sauvés par la cavalerie; mais la cavalerie ne viendra pas, ou alors, comme dans les tragiques journées de juin 1940 « trop peu, trot tard ».

Ajoutons que les calculs réalisés par le gouvernement sur 2014 manquent singulièrement de fiabilité. Le gouvernement maintient son objectif de déficit budgétaire pour 2014 à 2,9% du PIB. Or, nous serons en 2013 non pas à 3%  mais à 3,7% (au mieux) voire 3,9% (au pire). Une réduction de 0,8% à 1% du déficit implique une économie ou le dégagement de nouvelles ressources fiscale pour 16 à 20 milliards d’euros. Mais, cette pression fiscale, compte tenu d’un multiplicateur des dépenses publiques qui est très probablement à 1,4 (si ce n’est plus), engendrera une baisse de l’activité économique comprise entre 22,4 et 28 milliards. Ceci se traduira par une baisse des recettes fiscales de 10,3 à 12,9 milliards d’euros. Le gain total des mesures budgétaires et/ou fiscales ne sera donc plus que de 5,7 à 7,1 milliards. Si le gouvernement entend atteindre à tout prix l’objectif de déficit qu’il s’est fixé, il devra réduire les dépenses ou augmenter les prélèvements de 45 milliards d’euros et non de 16 milliards comme prévu initialement. mais, ce prélèvement de 2,25% du PIB entraînera alors une chute de l’activité économique de 3,1% environ. Sachant que la prévision de croissance faite par le gouvernement est de +1,2% pour le PIB de 2014, cela se traduira, si tant est que la prévision soit fiable, par une récession de -1,9% du PIB. S’il se contente d’une contraction des dépenses ou d’une hausse des impôts de 16 milliards, l’effet négatif sur la croissance ne sera “que” de 22,4 milliards, soit 1,1% du PIB, et nous nous retrouverons en 2014 avec une croissance effective de l’ordre de +0,1%, et un déficit de 3,5%. Ces calculs montrent bien l’inanité de la politique d’austérité dans les conditions actuelles, ce que confirme une étude récente de Natixis qui cependant raisonne sur un multiplicateur des dépenses publiques de l’ordre de 1 alors que nous pensons que la valeur du multiplicateur est plutôt de 1,4 pour la France aujourd’hui (Natixis def budg).

 

Plus que jamais, la question de la survie de la zone Euro est posée. Les tendances à son éclatement s’amplifient désormais. On voit que les problèmes de pays aussi divers que la Grèce, l’Espagne le Portugal et l’Italie vont converger à court terme, probablement au cours de l’été 2013. Dans ces pays la crise fiscale (Grèce, Italie), la crise économique, la crise bancaire (Espagne, Italie) se développent désormais en parallèle. Il est donc hautement probable que nous connaîtrons une crise violente durant l’été 2013, voire au tout début de l’automne. Il est temps de solder les comptes. L’Euro n’a pas induit la croissance espérée lors de sa création. Il est aujourd’hui un cancer qui ronge une partie de l’Europe. Si l’on veut sauver l’idée européenne tant qu’il en est encore temps, il faut rapidement prononcer la dissolution de la zone euro. Cette solution s’imposera comme une évidence et devrait réunir des responsables venant de diverses formations politiques. Il convient cependant d’agir vite. Encore une fois, le temps n’attend pas.

 

Source : russeurope.hypotheses.org

Les Européens, trop différents pour s’entendre, par Richard Swartz

Plus que les écarts entre les performances économiques des pays de l’UE, ce sont les fossés culturels entre les Européens qui constituent l’obstacle principal à la création d’une véritable communauté homogène. Il n’est dès lors pas étonnant qu’on ait autant de mal à la construire.

Richard SwartzRichard Swartz

Beaucoup ont essayé d’unifier l’Europe. Tous s’y sont cassé les dents : Attila, Charlemagne, Napoléon, Hitler. La dernière tentative en date est celle de l’Union européenne. Laquelle ne s’est pas faite flamberge au vent, l’Europe étant devenue, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un continent pacifiste, mais par des moyens inoffensifs tels que la bonne volonté, des institutions communes, des lois et des règlements. L’euro est la dernière, et sans doute la plus audacieuse, de ces initiatives en faveur d’une Europe unifiée.

L’origine du projet européen moderne est politique, même si l’accent a été mis depuis le début sur l’économie. La communauté du charbon et de l’acier visait à sortir les industries nécessaires à la guerre du cadre de l’Etat-nation afin de prévenir de nouveaux conflits. Les économies nationales devaient se retrouver dans un grand marché unique dépourvu de frontières et converger peu à peu les unes vers les autres.

Le projet ne se fondait pas simplement sur la suprématie de l’économie mais aussi sur l’idée que la rationalité économique devait permettre l’émergence d’une communauté de vues dans d’autres domaines dans le but de créer un ensemble qui ressemblerait à des Etats-Unis d’Europe.

La région la plus complexe du monde

L’économie a sans aucun doute joué un rôle décisif lorsqu’il s’est agi de mettre l’Europe à l’abri de la guerre et, en ce sens, la coopération européenne a été un formidable succès après 1945. Mais la coopération économique ne suffit plus pour ce que nous devons construire aujourd’hui ; la crise de l’euro nous apprend que cette coopération a ses limites, lesquelles sont en réalité d’ordre historique et culturel. Car l’Europe est sans doute la région du monde la plus complexe qui soit.

Dans un espace de taille modeste, plus de 300 millions de personnes doivent tenter de former une union alors qu’il n’est pas besoin d’aller bien loin pour ne plus comprendre ce que dit l’autre, pour trouver des gens qui mangent et boivent des choses que nous ne connaissons pas, qui chantent d’autres chansons, qui célèbrent d’autres héros, qui entretiennent un autre rapport au temps mais aussi, d’autres rêves et d’autres démons.

Or ces différences sous-jacentes ne sont jamais, ou rarement, évoquées. Elles sont masquées par un discours dans lequel tous les Européens apparaissent naturellement soudés face au reste du monde, alors qu’un Suédois aura sans doute plus de points communs avec un Canadien ou un Néo-Zélandais qu’avec un Ukrainien ou un Grec. Il est probable que ce soit principalement à cause de nos différences culturelles – et non politiques ou économiques – que l’histoire de l’Europe est émaillée d’hostilités et de violences, à commencer par les deux guerres les plus effroyables que l’humanité ait connues, et qui n’étaient au fond que des guerres civiles européennes.

Pourtant on a l’impression que tout cela est oublié ou refoulé. Voire inconnu. Si bien que le discours européen que l’on nous sert quotidiennement – le drapeau, Beethoven, l’Eurovision… – a peu de chose à voir avec notre réalité européenne ; il relèverait plutôt de la pure propagande pour un projet qui ne veut pas entendre parler de différences culturelles ou mentales, lesquelles sont pourtant nettement plus profondes que nos différences matérielles ou financières.

L’Europe à laquelle nous ne voulons pas croire

En réalité, il a fallu attendre la crise européenne pour ouvrir les yeux sur le fossé qui sépare le discours de la réalité. A notre stupéfaction, la crise nous a fait découvrir des gens qui n’avaient jamais payé d’impôts, qui estimaient que les autres devaient payer leurs dettes à leur place et qui accusaient de despotisme ceux qui leur tendaient la main. Nous ignorions l’existence de tels Européens et nous ne voulons pas y croire. C’est pourtant la réalité, et cela fait longtemps que cela dure.

Qui, en dehors des spécialistes, savait voilà un an ce qu’était le clientélisme ? J’ai une amie croate qui est ministre depuis le début de l’année. Ce n’est pas un ministère de premier plan, mais tout de même. Je lui demande combien de fonctionnaires permanents figurent sur la liste de salariés du ministère. Cinq cents. Cinq cents ? Cela paraît beaucoup pour un pays comme la Croatie. De combien de collaborateurs aurait-elle besoin pour élaborer la politique qu’elle entend mener ?

La réponse résonne comme un coup de tonnerre : trente. “Et tu envisages de congédier les 470 autres ?” La ministre regarde d’un air à la fois empathique et moqueur le nigaud du Nord des Alpes que je suis (sans être blond pour autant). Non. Car elle n’a pas l’intention de jouer avec sa vie. D’autant qu’elle a un fils qui va à l’école à pied tous les jours. Et un accident est si vite arrivé. Même lorsque mon amie aura quitté ses fonctions, près de 500 fonctionnaires continueront chaque jour de se rendre dans des bureaux qui n’existent pas pour faire un travail qui ne les attend pas. Seuls les salaires qu’ils touchent existent dans le monde réel.

Voilà à quoi ressemble notre Europe. Et notez bien que le Nord n’est pas moins étrange que le Sud, que l’Est ne l’est pas moins que l’Ouest, et vice-versa. Tout est question de point de vue. L’Europe n’est ni plus ni moins qu’un rayon de miel extrêmement fragile, composé de particularismes culturels, historiques et mentaux. Aucun Européen ne ressemble vraiment à un autre. Et pourtant, nous préférons voir cette Europe non pas comme un rayon mais comme un pot de miel, prêt à consommer.

Par Richard Swartz, journaliste et écrivain suédois né en 1945. Installé à Vienne depuis 1976.
Traduction : Jean-Baptiste Bor

 

Source : PressEurop d’après Dagens Nyheter et Les-crises.fr