Un rebelle syrien mange le coeur d’un soldat, images d’une barbarie qui se systématise

Depuis deux jours, une vidéo circule sur la toile, montrant ce qui semble être un cas de cannibalisme en Syrie. Le chef rebelle qui se met en scène sur ces images appelle au meurtre des alaouites, arrachant au corps d’un soldat tué son coeur et son foie. La violence du document soulève l’indignation dans la communauté syrienne comme internationale.

 

Depuis quelques mois, la violence des vidéos filmées en Syrie gagne en ampleur. Cette fois-ci, les images tournées par un groupe de rebelles franchissent un nouveau seuil de barbarie. Un chef de guerre s’y met en scène au-dessus du cadavre d’un militaire fidèle au régime. Menaçant, ilavertit ses ennemis : «  Je jure devant Dieu, vous soldats de Bachar, vous chiens, nous mangerons vos coeurs et vos foies  ».

Joignant le geste à la parole, l’homme éviscère le corps et en extrait les deux organes, qu’il porte ensuite à sa bouche comme s’il allait les dévorer. La vidéo reste difficile à authentifier : ce sont des fidèles du régime syrien qui l’ont finalement diffusée, cherchant à attirer le discrédit sur la rébellion. Elle circulerait depuis plusieurs semaines d’un ordinateur à l’autre. Des journalistes dumagazine Time ont ainsi expliqué l’avoir eu entre les mains depuis le mois d’avril, continuant à enquêter sur ses auteurs malgré plusieurs témoignages confirmant son authenticité.

Le commandant rebelle qui apparaît serait Abu Sakkar, de son vrai nom Khalid al-Hamad. Vétéran du siège particulièrement violent du quartier de Baba Amr, à Homs, en 2012, il aurait appartenu à la brigade Farouk, l’un des principaux mouvements de la rébellion syrienne. L’homme, décrit comme particulièrement militant et amoureux des armes par les journalistes qui l’ont rencontré, dirige depuis octobre dernier sa propre branche dissidente au sein de l’insurrection.

Depuis, il mène principalement le combat dans la ville de Qusayr, à la frontière libanaise. Assiégé par l’armée syrienne et par le Hezbollah, il semble vouloir montrer à ses ennemis que lui et ses hommes ne se rendront pas. Le chercheur Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, voit dans cette vidéo l’illustration d’une tendance : « depuis quelque temps, on voit se multiplier ce genre d’actions : des exécutions, des égorgements et même un enfant de 13 ans à qui on a fait décapiter un prisonnier ».

Crimes de guerre

L’ONG Human rights watch (HRW) a aussitôt tiré la sonnette d’alarme. « Le conflit prend un tournant encore plus sombre », constate Peter Bouckaert, directeur de la section Urgences de l’organisation. « Il y a une augmentation significative des atrocités, des deux côtés, qui réclame un réveil de la communauté internationale », s’inquiète-t-il. HRW appelle les responsables de l’opposition syrienne à condamner ceux, dans ses rangs, qui commettent de tels actes.

L’Armée syrienne libre (ASL) et le Conseil national syrien (CNS) ont immédiatement condamné l’auteur de la vidéo. « Ils n’ont aucune autorité sur le terrain », remarque Fabrice Balanche : « il y a 200 000 personnes en armes en Syrie, qui se revendiquent ou non de l’ASL, sans la moindre hiérarchie réelle ». Pour ce chercheur, c’est directement auprès des bailleurs de fonds de l’insurrection qu’il faut chercher une solution : « si le Qatar peut faire libérer des casques bleus dans le Golan, il peut aussi limiter ces atrocités, en exigeant une certaine ligne de conduite ».

Les mutilations de cadavres sont condamnées dans le droit humanitaire international. La règle 113 de ce droit coutumier, qui s’applique à tous les Etats, y compris ceux qui ne l’ont pas spécifiquement ratifié, prévoit que « chaque partie au conflit doit prendre toutes les mesures possibles pour empêcher que les morts ne soient dépouillés ».

De l’impunité à la dérive

Face à l’impuissance généralisée sur le terrain, l’appel à la justice de HRW risque de rester lettre morte. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, spécialiste du droit international, remarque que la communauté internationale n’a pas les moyens de faire appliquer le droit humanitaire en Syrie tant que le conflit perdure.

« C’est un phénomène qui n’est malheureusement ni nouveau, ni exceptionnel », explique-t-il. La Syrie n’étant pas signataire du Traité de Rome, qui donne son pouvoir à la Cour pénale internationale, il faudrait de plus une décision du Conseil de sécurité des Nations unies pour justifier la mise en place d’une condamnation internationale. « C’est ce qui s’était passé en Libye, avec la résolution 1970 : elle condamnait les crimes de guerre des troupes de Kadhafi… sans que cela ne les freine en quoi que ce soit », conclut-il.

« Dans les cas de guerres, les tentations cannibales peuvent arriver, explique de son côtéGeorge Guille-EscuretElles concernent d’ailleurs généralement le foie et le coeur, qui abritent la vie. » Pour cet ethnologue, spécialiste du cannibalisme, cette vidéo n’a rien à voir avec les pratiques guerrières qui ont pu être observées au cours de l’histoire chez certaines tribus nomades : « il s’agit ici d’islamistes radicaux, or les monothéismes interdisent fondamentalement le cannibalisme ». Si les autres combattants de la région décidaient d’imiter Abu Sakkar, ce serait « dramatique » pour leur camp. L’image de la rébellion est en effet d’ores et déjà souillée par les images d’exactions que certains rebelles s’appliquent à diffuser… avec l’aide des militants favorables à Bachar el-Assad.

 

Sources : RFI, Allain Jules et Le Journal du Siècle

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Qui, de la Chine ou de Facebook, dominera le monde ?

 

Les Etats-Unis ayant succédé à la Grande-Bretagne comme puissance dominante, dès le XX e siècle, beaucoup pensent que le XXI e siècle sera celui de la Chine.

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C’est là un raisonnement de type purement national. Certes, l’empire du Milieu est encore la première communauté de la planète, mais, d’ici peu, il sera dépassé par Facebook, qui compte aujourd’hui 1 milliard de membres environ. La nouvelle puissance n’est pas là où on l’attend. C’est, déjà, l’individu. Où qu’il soit, aux Etats-Unis ou en Chine.

Pendant des siècles, les principaux acteurs sur la scène universelle furent les princes et leurs familles, qui résidaient dans des villes-Etats puis dans des Etats-nations. Après 1945 apparurent la quasi-totalité des organisations internationales (ONU, FMI, OCDE, GATT-OMC, OMS, etc.). A ces deux grands acteurs sont venues s’ajouter les organisations non gouvernementales (ONG), ainsi dénommées depuis 1944, même si les toutes premières datent du XIX e siècle, notamment la Croix-Rouge. L’explosion de leur nombre a modifié la gouvernance mondiale depuis quelques décennies. Dans ce concert, quelle que soit la période de l’histoire à laquelle on se réfère, les individus n’ont joué que des rôles marginaux. De Spartacus au jeune Chinois planté les bras en croix devant les chars de la place Tiananmen (5 juin 1989), quelques-uns se sont illustrés, mais ils n’ont jamais modifié durablement le cours de l’histoire. Les puissants ont toujours prétendu agir au nom du peuple et pour son bien, maintenu néanmoins au rang de piétaille et/ou de chair à canon.

Et si les réseaux sociaux étaient des nations virtuelles, avec leur propre régime, leur propre monnaie ? Si c’était le cas, en 2016 Facebook pourrait devancer la Chine. Trois ans plus tard le nombre de membres de Facebook pourrait être beaucoup plus grand que le nombre d’habitants en Chine.

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Ce monde est moribond. Dans celui qui naît, l’individu joue le rôle principal. La révolution numérique et Internet ne le mettent pas seulement en ligne, mais en première ligne. Il peut se connecter à ses semblables du monde entier, à chaque instant. Il n’est plus dans le monde, le monde est en lui. Des liaisons provisoires se forment avant de se volatiliser, des accords temporaires se nouent avant de se rompre, des alliances précaires s’établissent avant de s’évaporer. Cette oscillation permanente qui tisse de nouveaux liens entre le solidaire et l’éphémère ne permet plus aux vieux pouvoirs d’exercer leur pression habituelle. Femmes et hommes n’acceptent plus qu’on pense pour eux, qu’on parle pour eux, qu’on agisse pour eux. Ils sont aujourd’hui des milliards dans ce cas, même si tous ne parviennent pas encore à l’exprimer comme ils le voudraient. « Le pape, combien, de divisions ? », demandait Staline. Désormais, c’est Untel, combien de « followers » ?

Aussi les questions qui désormais se posent à nous, à nous tous, sur tous les continents de notre bonne vieille planète, sont donc celles-ci : comment peut s’organiser un monde où chacune et chacun revendique le droit d’exister, individuellement et socialement, sans médiation ? Quelle régulation respectueuse devons-nous, tous ensemble, imaginer ? Quel futur devons-nous construire pour que, tous ensemble, nous construisions un présent acceptable pour chacun d’entre nous ?

Sources : François Rachline sur Les Echos et Ya-Graphic